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Par MINERVIEWS
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ÊTRE SUPPORTER MARSEILLAIS, UNE CULTURE ET UNE IDENTITÉ

L’influence du supporting européen est de plus en plus visible dans les médias. Le Larousse définit un “supporter” comme étant une personne qui encourage une équipe. Pour comprendre cette ferveur, nous avons interrogé des supporters Marseillais.

Le supporting est défini par les Marseillais interrogés comme le fait de : « soutenir une équipe, qu'elle soit dans le succès ou dans la difficulté », « peu importe la situation et les problèmes » (Paolo, 18 ans). Le supporter se doit de « vivre pour son club », témoigne l’un d’eux. S’il n’est pas attendu d’organiser sa vie en fonction du club, il faut pouvoir suivre émotionnellement l’avancée du club dans le championnat : « dans les bons moments on est heureux et on revient au stade prêt à gueuler, et dans les mauvais moments on est triste et on revient au stade prêt à gueuler » (Nicolas, 45 ans).

Cette relation entre l’équipe et le “12ème joueur” concerne essentiellement l’affect, mais surtout, elle est basée sur une sorte d’interdépendance. Le soutien apporté au club permet aux joueurs de garder espoir durant le match (un des interviewés parlera d’un « club vivant pour ses supporters »). Dans cette relation d’affect, le club apporte aux supporters des moments « de joie » et de « frustration », des sensations et émotions fluctuantes. Ces émotions se ressentent du stade Santiago Bernabéu (Real Madrid) au Vélodrome (OM). Elles se traduisent par des chants différents à travers l’Europe : "You'll Never Walk Alone" pour Liverpool, “Hala Madrid” pour le Real de Madrid ou encore “Jump” pour l’OM. Néanmoins de petites guerres entre clubs de supporters existent : à Marseille, les Ultras et les Dodgers se font face dans le stade. Cela crée paradoxalement un sentiment d’appartenance, les Marseillais étant les seuls à comprendre ces rivalités.

Le club devient alors un sujet de discussion quotidien : certains interviewés parlent même « d'idéologie commune ». En effet, le football semble rassembler toutes les classes sociales. Cette impression est renforcée par l’omniprésence médiatique de ce sport : « cela rend le football important » (Angelo, 50 ans). Tellement important que l’OM est un symbole de la ville. Il ne s’agit pas d’une valeur culturelle mais identitaire, pour une ville que la plupart des supporters interviewés définissent comme « populaire ». Ce rapport entre milieux populaires et importance du football se confirme avec l’exemple du “mur jaune” de Dortmund. Bastion du vieil ouest prolétarien, la ville est devenue le cœur du football populaire en Allemagne.

Cependant, il peut-être aussi un exutoire aux “frustrations sociales”. Ainsi, on a pu voir une recrudescence de violences ces derniers mois, comme lors du caillassage du bus des joueurs de Lyon. Toutefois, « ils ne représentent qu’une minorité » (Christophe, 52 ans) et il ne faut pas les confondre avec les « vrais supporters » (Vannina, 50 ans).

Cette violence se manifeste également dans d’autres clubs européens. Après les drames du Heysel et de Sheffield, des interdictions de stade tombent, notamment contre les hooligans dont le mode d’expression privilégie la violence. Ils sont régulièrement bannis de plusieurs stades : 1308 bannissements en Premier League (Angleterre) contre 300 en Ligue 1 (France).

En définitive, un club rassemble. Le stade est un lieu d’unité pour le “peuple marseillais”, comme pour beaucoup d’européens. Il s’agit du plaisir de pouvoir s’abandonner ; de laisser et de lâcher, pendant un court instant de vie, l’obligation, la contrainte. Et de n’être pas le seul à le faire. Être supporter est avant tout un moyen de se reconnaître dans la ville, de s’unir, et de s’exprimer.

Par Anna Caronna


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au 1 an de Minerviews, consultez les articles de nos rubriques Relations Internationales et Culture sur notre blog.

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