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Par MINERVIEWS
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2 janv. · 1 mn à lire
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LA RÉINTÉGRATION DES ATHLÈTES RUSSES AUX JO 2024 : UNE CONTROVERSE DIPLOMATIQUE

Le 28 mars 2023 à Lausanne, le Comité International Olympique (CIO) recommande la réintégration des sportifs russes et biélorusses aux compétitions internationales, tout en soutenant leur éventuelle participation aux JO 2024. Cette résolution est loin de faire l’unanimité parmi les diverses personnalités politiques européennes.

A la suite du 11e sommet olympique en décembre 2022, le CIO propose une réintégration des athlètes munis d’un passeport russe ou biélorusse aux compétitions internationales, sous une « bannière neutre ». L’instance déclare “explorer des moyens" pour ramener les bannis dans le giron du sport mondial, remettant ainsi en question la recommandation d’exclusion prise en février 2022, à la suite de l’invasion de l'Ukraine par l'armée russe, avec le soutien de la Biélorussie. 

Le titre de neutralité est un principe qui a déjà été utilisé par le CIO vis-à-vis de la Russie pour des affaires de dopage, lors des derniers Jeux à Tokyo. Cependant cette mesure, en théorie neutre et administrative, ne parvient pas à masquer les couleurs russes apparentes sur les tenues et brassards des athlètes durant les compétitions. Cette règle, rapidement contournée, génère méfiance et oppositions dans la classe politique occidentale. Anne Hidalgo, maire (PS) de la ville de Paris, exprime son désaccord face à cette aptitude, démontrant que l’unique bannière d’appartenance non-étatique est celle des réfugiés. La bannière des réfugiés est en effet un symbole d’universalisme, pour les athlètes qui ne peuvent ou ne veulent pas appartenir à une équipe nationale. Les athlètes russes et biélorusses ont pourtant majoritairement signé un contrat avec l’armée ou une agence de sécurité russe et ne montrent pas d’objection pour la politique interne de leur pays.

Ainsi, de nombreux Etats européens, dont la Pologne, l’Estonie ou bien la République Tchèque ont manifesté leur solidarité envers la population et les athlètes ukrainiens, menaçant de boycotter les JO 2024. Jan Lipavsky, ministre tchèque des Affaires étrangères, annonce sur son compte X, être « déçu par la recommandation du CIO ». Cette disposition également critiquée par Nancy Faeser, actuelle ministre de l’Intérieur allemande,  qui estime que « la décision du CIO est un coup porté au visage des sportifs ukrainiens » qui « méritent la solidarité internationale des Sports ». Ces annonces publiques mettent en avant le caractère irresponsable du CIO qui ne rejette aucunement le fond politique et la propagande exprimée par la Russie lors des manifestations sportives internationales. L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), lors de la session de l’été 2023, a pris en compte les différentes considérations européennes et a estimé « impensable » cette réintégration, en indiquant que les dispositions souhaitées par le CIO nuisaient directement aux athlètes ukrainiens. 

A contrario, la Russie fustige des critiques et des restrictions à l’égard de sa réintégration sportive. Le célèbre escrimeur russe Stanislav Pozdniakov qualifie lors d’une conférence de presse d’« inacceptables » les conditions émises par le CIO et revendique une « discrimination basée sur la nationalité ». L’instance olympique refuse cependant l’ingérence de toute responsabilité politique et promeut un mérite sportif relié directement à la nation d’origine des athlètes. Le comité prendra une décision en temps voulu avec l’optique d’un consensus multilatéral visant à faire participer un maximum de sportifs internationaux. Néanmoins, la Russie, en cas d’exclusion, menace de lancer un réseau de compétitionsconcurrent aux JO, susceptible de séduire les pays émergents, ce qui signerait l’acte de décès de l’olympisme moderne.

Nils Gales 


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au sport, consultez les articles de nos rubriques Société et Culture sur notre blog.

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