LA FRAGILISATION DES IDENTITÉS CULTURELLES À TRAVERS LE MODÈLE DE LA FAST-FASHION

Le vêtement semble être un moyen d’exprimer son identité. Aujourd’hui, beaucoup de vêtements sont le symbole d’un héritage culturel, et permettent de s’identifier à une communauté. Cette idée est pourtant remise en question par la tendance de la fast-fashion, qui transforme les vêtements en un simple produit de consommation.

MINERVIEWS
2 min ⋅ 01/06/2026

La fast-fashion est critiquée pour son uniformisation des vêtements qui semble gommer petit à petit les symboliques culturelles derrière chaque vêtement, en plus de poser problème sur le plan environnemental et des droits humains. En s’inspirant des grands groupes de luxe et des tendances sur les réseaux sociaux, les marques de fast-fashion reproduisent ces vêtements dans le but de les vendre au plus grand nombre de consommateurs possible, qui s’habillent de plus en plus par mimétisme. Cette surconsommation de la mode provoque ainsi un effacement des particularités des vêtements.

Si la mode est globalement d’inspiration européenne et nord-américaine, certains vêtements occidentaux sont en réalité hérités de cultures minoritaires, sans que nous le sachions. Ainsi, la cravate, un accessoire très porté dans la mode occidentale, serait en réalité portée depuis l’Antiquité dans plusieurs autres cultures, comme en Égypte antique et en Rome antique sous le nom de “focale”. L'accessoire est arrivé en Europe occidentale avec les militaires croates, qui l’avaient intégré dans leur uniforme, avant de devenir un symbole de la culture occidentale dans le monde entier. De la même manière, un vêtement caractéristique aujourd’hui de la mode streetwear trouve en réalité son origine dans la culture inuit, qui le confectionne pour se protéger du froid : l’anorak. Le manteau a ensuite été investi par les navigateurs européens, puis intégré dans les trousseaux des militaires, avant de devenir un vêtement de la culture populaire occidentale à part entière.

Plus récemment, d’autres marques comme Zara ou Adidas ont intégré des éléments issus de communautés minoritaires dans leurs collections. Cela pose de nombreuses questions éthiques, notamment en matière d’appropriation culturelle. Cette utilisation de la part de marques occidentales d’une culture autochtone a été dénoncée par le gouvernement mexicains en 2021 et en 2025. Ce dernier les accuse d’avoir plagié des vêtements traditionnels d’une communauté de l'État d’Oaxaca, sans proposer de contrepartie ni de reconnaissance pour cette population au moment de la commercialisation. Ces marques de fast-fashion, comme d’autres, utilisent des éléments caractéristiques de cultures minoritaires et les insèrent dans leurs collections, sans respecter le patrimoine des populations concernées, qui sont dépossédées de leur propre culture.

Ces appropriations sont très critiquées par les populations appartenant à une minorité ainsi que la communauté militante, puisqu’elles prolongent le rapport de force entre une culture dominante et une culture marginalisée, et invisibilisent les symboles et les luttes de tels vêtements. Par exemple, avant d’être un accessoire de mode répandu dans la fast-fashion, le sweat-shirt était associé aux sous-cultures afro-américaines. Ce vêtement a longtemps été stigmatisé aux États-Unis et utilisé dans des luttes sociales, comme durant le mouvement Black Lives Matter. Aujourd’hui, son héritage a été effacé par sa massification et il représente un simple vêtement du quotidien.

Ainsi, la fast-fashion est fortement critiquée aujourd’hui, car elle contribue à effacer les symboliques culturelles et identitaires des vêtements. S’habiller devient une question de consommation, alors même que de nombreux vêtements ont une signification historique.

Par Marie Ozanne


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à la fast-fashion, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Société sur notre blog.

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