Regroupant 27 États membres, l’Union européenne est fondée en 1957 avec le Pacte de Rome. Dès sa création, des tensions émergent entre souverainistes et fédéralistes. Malgré les compromis, les différences culturelles et politiques alimentent un euroscepticisme croissant depuis les années 2000.
Face au changement climatique, les politiques européens se questionnent sur le rôle que doit jouer l'Europe : doit-elle impulser la transition ou au contraire laisser les pays et les régions s’organiser au niveau local ? Pour les eurosceptiques, l’Europe ne doit pas s’occuper de la transition écologique. Ainsi, dans quelle mesure l’écologie reconfigure-t-elle les formes contemporaines d’euroscepticisme ?
L’UE s’est construite comme un acteur écologique majeur. C’est le cas notamment avec le Pacte vert pour l'Europe « Green Deal », un ensemble d'initiatives politiques proposées par la Commission européenne dont l’objectif principal est de rendre l'Europe climatiquement neutre en 2050. Ce renouveau politique tend à associer écologie et europhilie.
Pour les pro-européens, l'UE est importante pour faire face à la gestion des crises globales et la crise écologique en fait partie. C’est pourquoi l'Europe doit lancer de nouvelles mesures écologiques.
Face à la question écologique, un euroscepticisme s’instaure et avec les difficultés à résoudre le problème écologique, certains acteurs en profitent pour relier le remise en question de l’UE avec l’écologie, désormais utilisée pour renforcer la critique de l’UE.
Les acteurs anticapitalistes critiquent l’UE en la qualifiant de machine néolibérale. Ils critiquent le marché unique et les traités de libre échange présentés comme incompatibles avec l’écologie. C’est le cas de Jean-Luc Mélenchon qui incarne une forme d’euroscepticisme écologiste. Il critique fortement l’écologie européenne dans le sens où il estime qu’elle est trop influencée par la mondialisation et le libre-échange, l’empêchant donc de mettre en place des politiques écologiques ambitieuses. Au niveau économique, il avance que l’UE impose d’importantes règles sur le marché et la concurrence qui seraient incompatibles avec une « vraie transition écologiste », prenant l’exemple de la PAC. Il dénonce également les traités européens qui empêcheraient de planifier l’écologie à l’échelle nationale car selon lui, l’écologie doit se faire au niveau national. Mélenchon ne veut pas forcément quitter l’UE, mais il propose la désobéissance européenne à certaines règles imposées. Il défend aussi les circuits courts avec une production locale relocalisée.
Cela rejoint une autre critique eurosceptique qui peut être faite de la part des écologistes localistes et souverainistes qui veulent se détacher de l’UE comme marché. Ces derniers défendent un protectionnisme écologique local et ne soutiennent pas les institutions de l’UE qui semblent « trop lointaines pour eux ».
En effet, pour certains eurosceptiques la principale critique est celle de l’éloignement des institutions de l’UE. L’écologie européenne peut être perçue comme élitiste et trop technocratique, pouvant ainsi provoquer un rejet de certaines classes populaires et territoires ruraux. En 1987, le programme Green Party of England and Wales critiquait la construction européenne : « L’intégration européenne risquait de favoriser la domination de grandes structures économiques et politiques et de provoquer une désintégration sociale, économique et environnementale. »
Ce lien entre écologistes et eurosceptiques peut partir de l’écologie pour aller vers l’euroscepticisme, mais peut aussi être utilisé a contrario pour renforcer le discours eurosceptique. Il y a donc une montée de l’écologie conservatrice et identitaire soutenue par les eurosceptiques. Pour Marine Le Pen, c’est au niveau national que l’écologie doit être instaurée, parlant même de « nature nationale » pour mettre en avant son refus de contrainte européenne. L’identité nationale est mise en avant contre l’identité européenne à travers le sujet de l’écologie.
Ainsi, contrairement à ce qui pourrait être pensé, l’euroscepticisme peut être lié à des mouvements écologistes. Toutefois, ces mouvements ne sont pas homogènes et varient sur l’échiquier politique.
Par Maïssane Bertrand-Bouchet
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’euroscepticisme, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.
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