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Par MINERVIEWS
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2 janv. · 3 mn à lire
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LE SPORT, UN RING POUR L'ÉMANCIPATION DE LA FEMME

Partout, les femmes doivent se battre activement pour obtenir les mêmes droits que les hommes. Le domaine du sport n’y fait pas exception. Dès le plus jeune âge, elles apprennent que la question du genre est centrale, et que les freins sexistes sont nombreux.

La socialisation genrée dans le sport : quel impact pour les filles ?

« On demande aux filles de respecter des valeurs féminines. On leur demande d’être belles, de garder une tenue féminine, pour ne pas qu’elles soient trop masculinisées ». Tom, étudiant en Licence 2 STAPS à Lyon I, connaît très bien ce problème et l’explique par des facteurs sociaux et sexistes qui persistent. Le sport est un important marqueur social, et un indicateur sur l’évolution des mœurs. Ceux prisés par les jeunes filles restent l’équitation, le tennis et la gymnastique. Des disciplines « élégantes » et (très) identifiées comme « féminines ».

Répartition des femmes et hommes entre les différentes fédérations sportives en France en 2018

L’émancipation des femmes par le sport est un objectif qui commence à être atteint lentement, « puisqu’il y a de plus en plus de filles qui pratiquent des sports considérés comme masculins ». L’injonction à la féminité est une question qui se pose dès l’enfance, notamment au travers de l’effet Pygmalion, selon lequel le jugement d'une personne va influencer et modifier le comportement de la personne jugée. Tom assure qu’il existe dès le plus jeune âge chez les sportives, par exemple lorsque « les professeurs font moins attention aux filles et encouragent plus les garçons. Les filles voient qu’on en attend moins d’elles, alors elles ont encore moins envie de se donner dans leur sport ».

Une des clefs reste l'intégration des jeunes filles très tôt dans les disciplines considérées comme « masculines ». L'émancipation des femmes à travers le sport doit se faire dès le plus jeune âge par l'effacement des facteurs sociaux et des clichés existants. L'affranchissement des injonctions et des barrières sociales imposées aux jeunes filles est nécessaire à leur intégration dans toutes les disciplines. Les sports de combat en sont l'exemple le plus parlant. Moins de 30% des personnes licenciées à la Fédération Française de Boxe sont des femmes, et 30% des femmes se sont déjà essayées aux sports de combat en général. Malgré une importante évolution en 10 ans, où ce nombre a presque doublé, leur présence dans les clubs de sports de combats reste limitée. Entre freins sexistes et considération au rabais par les figures d’autorité sportives, « il faut vraiment les traiter avec équité pour qu’elles puissent pleinement s’émanciper » assure Tom.

Se vêtir librement, une problématique encore discriminante pour les sportives :

Le mardi 20 juillet 2021, la sanction tombe pour les beach-handballeuses de l’équipe norvégienne : 1 500 euros d’amende. Leur tort ? Avoir porté un short lors de leur match face à l’Espagne durant les championnats d’Europe de handball de plage, en Bulgarie. En effet, le règlement de la Fédération européenne de handball (EHF) exige des joueuses qu’elles portent « des bas de bikini […] ajustés et échancrés ».

Les Norvégiennes revendiquent ici le droit de porter des shorts, mais les sportives revendiquent surtout le droit de choisir la tenue qui leur convient le mieux. En effet, il arrive aussi que les fédérations cherchent à imposer une tenue plus couvrante aux sportives, comme lors d’un tournoi féminin de beach-volley organisé au Qatar en mars 2021, où les organisateurs auraient invité les joueuses à porter un pantalon et un t-shirt. Le duo d’allemandes Karla Borger et Julia Sude avaient menacé de boycott, estimant qu’on les empêchait de « porter [leur] tenue de travail ».

Si les exemples des tentatives de régulations des tenues des sportives abondent, par quoi peut-on les expliquer ? Des biais sexistes persistent dans le monde du sport, avec des directions majoritairement dominées par les hommes, et des stéréotypes de genre restent ancrés, mais il ne faut pas négliger l’aspect marketing du sport. Par exemple, en 2011, la Fédération mondiale de badminton avait décidé que les athlètes féminines devaient porter des robes ou des jupes afin de créer une « présentation plus attrayante ». Pour Janice Forsyth, ancienne directrice du Centre international d’études olympiques de l’université de Western en Ontario, les décisions sont « en grande partie commerciales ». Le but est de rendre « le sport plus lucratif » afin d’attirer plus de spectateur.rices, de sponsors et de contrats.

Union Européenne et sport : vers une harmonisation des questions de genre ?

Dans ce contexte, une action législative européenne paraît essentielle afin de réduire les inégalités dans le monde du sport.

La principale initiative prise pour assurer l’égalité de genre chez les sportif.ves est un plan d'action publié par la Commission européenne en 2022,  «Towards more gender equality in sport ». Ce plan se concentre sur des recommandations portant sur 6 domaines : participation, entraînement et arbitrage, direction (gestion), aspects sociaux et économiques du sport, couverture médiatique et violence sexiste. Le Gender Budgeting demande donc à chaque organisation sportive de consacrer une partie de son budget à la mise en œuvre de politiques et d'actions pour lutter contre les inégalités de genre. Cette initiative fait partie d’un plan global, qui s’inscrit dans la continuité de celui préparé par l’UE en 2014-2020. Il vise principalement à mettre en œuvre des mesures de développement afin de créer un changement à long terme.

En 2023, le Conseil de l’Europe a lancé un deuxième programme, le « All In Plus » (March 2023 - March 2025). Il renforce les objectifs du plan de la Commission européenne en accentuant l’objectif de la visibilité et de la sensibilisation à la question de la parité homme-femme dans le sport. L'Espagne, pays membre de l'UE, est selon une étude récente l'un des trois pays européens les plus avancés sur ces questions. Selon cette étude, 59% des fédérations sportives espagnoles ont un plan de prévention et de lutte contre l'inégalité des sexes, et 41% d'entre elles ont déjà développé des actions spécifiques dans ce domaine. L'étude mentionne également des actions et initiatives concrètes entreprises par le Conseil Supérieur du Sport (CSD), telles que la promotion du sport féminin, l’augmentation du nombre de femmes dirigeantes, les campagnes de sensibilisation contre la violence de genre ou encore l’aide aux mères pour que les sportif.ves puissent concilier leur vie personnelle et leur vie professionnelle.

La création d’un monde sportif plus égalitaire pour tous.tes est toujours un enjeu d’actualité, auquel prennent part de plus en plus de pays et d’organisations. Des initiatives sont prises afin de lutter contre les inégalités homme-femme, et le sport est de moins en moins perçu comme genré, devenant ainsi ouvert à tous.tes. Mais le chemin reste long à parcourir. Combien de temps faudra t-il pour atteindre une égalité pleine et complète ?

Par Thibaut COMBE, Joséphine RUAULT, Marianthi DIMOU et Axelle BÉCLAIR


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au sport, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.

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