Comme le souligne le rapport de la Task Force IA : « les armées françaises ne sauraient donc se tenir à l’écart de ces développements, sous peine de manquer un tournant technologique majeur et de perdre la supériorité opérationnelle qui est la leur aujourd’hui ».
Sommes-nous alors spectateurs d’une nouvelle façon de faire la guerre ? Quels enjeux l’utilisation des systèmes d’armes autonomes entraînent-t-elle ?
Au mois de mars 2023, la presse a révélé le contrat passé entre la compagnie Suédoise INVISIO et une armée européenne non-adhérente à l’OTAN -par ailleurs tenue secrète- pour la livraison de systèmes de communication et de protection auditive basés sur l'intelligence artificielle.
Dans un monde en proie à la “permacrise” -situation de crise devenue permanente-, et dans lequel l’Europe rebat les cartes de sa politique de défense notamment suite à l'agression russe en Ukraine, la menace d’une guerre de haute intensité pose en effet la question de l’intelligence artificielle dans l’effort de guerre. L’IA a pour finalités une gestion plus efficiente des données en cas de conflits, ainsi qu’une propension à rationaliser l'entraînement, la conduite des opérations, ou encore la programmation stratégique. Plus concrètement, l’IA peut orienter les prises de décisions en cas d'urgence, identifier rapidement les situations à risque, favoriser le réalisme des exercices de simulations, ou organiser la logistique des troupes sur le terrain.
En bref, la nébuleuse de l’IA dans l’armée est vaste et complexe. L’Europe doit quant à elle se mettre au pas si celle-ci souhaite assumer son rôle dans la sécurité internationale. Le département de défense du Pentagone a établi son action le Joint Artificial Intelligence Center à cette fin (aujourd’hui intégré au sein du Bureau du directeur du numérique et de l'intelligence artificielle), et n’a cessé depuis 2018 d'accroître son budget.
Concernant la Chine, autre grande figure en matière d’IA, son Armée populaire de libération envisage une ambitieuse stratégie d’innovation de l’IA au sein de sa Force d’Appui Stratégique, consistant à exploiter l'ingénierie civile de ce domaine au profit de l’armée, sur un ensemble de volets stratégiques, comme l’information lors de théâtres militaires, ou encore le cyberespace.
Cette préparation à de nouvelles guerres, que l’on pourrait qualifier d’assistées, pose néanmoins l’éternelle, et parfois pesante, question de l’éthique.
Les discussions des politiques internationales autour de l’application militaire de l’IA se sont surtout concentrées sur les systèmes d’armes autonomes. Ces dernières fonctionnent en sélectionnant des cibles et en utilisant la force sur celles-ci sans intervention humaine. Plus poussé encore, un système d’armes autonomes déclencherait de lui-même une attaque selon les informations qu’il aurait collectées par ses capteurs. On comprend alors très bien la raison pour laquelle ces systèmes préoccupent le Comité International de la Croix-Rouge (CICR), qui recommande aux Etats de contraindre avec de nouvelles règles juridiques leur utilisation.
Le défi majeur que posent ces systèmes d’armes autonomes est le respect du droit international, et plus particulièrement du droit international humanitaire, puisque le manque de jugement humain est la définition même du système d’armes autonomes. En effet, au sein du droit international humanitaire, la règle d’or est la distinction entre le civil et le militaire. Or, comment l’utilisateur déclencheur de l’arme peut-il distinguer si la forme qui a activé l’attaque est un véhicule militaire ou un véhicule civil ? Dans ce cas-là, si un véhicule civil est touché, il y a violation du droit international humanitaire, et les conséquences peuvent être lourdes pour l’armée en charge de la mission.
Dit autrement, les armes autonomes posent des risques humanitaires, des défis juridiques et remettent en question l’éthique de la guerre, puisqu’elles laissent place à très peu d’anticipation et qu’il est alors difficile d’en limiter les effets. Les humains ont cette qualité morale qui guide leurs décisions et leurs actions, que l’IA n’a pas ou très peu, c’est pourquoi nous parlons de déshumanisation.
Ainsi, si ce constat prouve que l’éthique de l’IA est plus que jamais critiquée, considérée comme un manque d’humanité, un non-respect des valeurs humaines, une régulation au niveau international est plus que nécessaire pour ne pas aller à l’encontre des valeurs de l’humanité que l’armée se doit de respecter.
Par Thomas-Xavier Dubreuil et Yasmine Maatallah
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Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’intelligence artificielle, consultez les articles de nos rubriques Culture et Société sur notre blog.
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Cette newsletter a été réalisée grâce à l’aide de l’université Lyon II et de la région Auvergne Rhône-Alpes.
