Les compétences médicales ainsi que les professionnels disponibles sont répartis très inégalement sur le territoire européen. Selon le Parlement Européen, il est attendu un déficit de 4,1 millions de personnel de santé en 2030. C’est en partie pourquoi les pays s’accordent sur la nécessité d’investir dans l’expansion de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine de la médecine, autant économiquement que politiquement et légalement.
Marija Pejčinović Burić, secrétaire générale du Conseil de l’Europe, affirme que « l’IA présente à la fois des avantages et des risques. C’est le rôle du Conseil de l’Europe de veiller à ce que les droits de l’Homme, la démocratie et l’État de droit soient protégés et promus dans l’environnement numérique ». Le Conseil de l’Europe envisage donc la nécessité d’une régulation concernant l’emploi de l’intelligence artificielle. Le Parlement européen a, lui, créé l’AIDA (Artificial Intelligence in a Digital Age), une commission visant à établir des règles européennes quant à l’utilisation et au déploiement des intelligences artificielles dans l’Union européenne.
Toutefois, malgré une régulation supposée de la part des institutions européennes, la place de l’intelligence artificielle ne cesse d’augmenter. Un doctorant en biophysique de Harvard, Daniel Greenfield, explique ce développement : « L’avenir de la pratique médicale dite « standard » pourrait être là plus tôt que prévu ; quand un patient pourrait voir un ordinateur avant de voir un docteur ». Le futur de la médecine semble donc intimement lié au futur de l’intelligence artificielle. Celle-ci pourrait se démocratiser comme une solution solide pour faire face à de nombreux obstacles dans le système de santé européen. Par exemple, en matière de santé mentale, des outils sont en phase de développement pour traquer digitalement la dépression ou les changements d’humeur. De même, l’intelligence artificielle pourrait permettre d’améliorer le mode de vie des séniors. Les “maisons intelligentes” aideraient, selon le Parlement Européen, les personnes âgées à gagner en indépendance par l’ajustement du régime alimentaire ou le rappel de prise de médicaments.
Néanmoins, bien que l’intelligence artificielle présente de nombreux avantages, le Conseil de l’Europe souligne les dérives potentielles de son usage, et notamment en matière d’égalité. Au-delà du manque d'interactions personnelles que pourrait engendrer l’intelligence artificielle, elle serait également un facteur aggravant des inégalités de traitement médical. Les diagnostics délivrés par la médecine digitale sont basés sur des données principalement prises sur des hommes blancs cisgenres. Ainsi, les femmes par exemple, pâtissent d’un traitement moins adapté à leurs conditions physiologiques, considérées comme une sorte de petit homme. De plus, même si l’emploi de l’intelligence artificielle dans la médecine devrait diminuer les inégalités d’accès aux soins de santé grâce aux systèmes de télémédecine, elle pourrait toutefois créer de nouvelles inégalités géographiques. Effectivement, les patients traités dans les régions où les établissements seront les pionniers de l’intelligence artificielle bénéficieront des nouveaux systèmes de santé avant les autres.
Cependant, il est bien clair que ce n’est pas simplement en collectant les données manquantes que les résultats seront justes. Être conscient.e des inégalités n’est pas les rectifier. Pour cela, une action sociale, juridique et politique allant bien au-delà de l’IA est nécessaire.
Par Axelle Béclair et Justine Eyraud
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l'intelligence artificielle, consultez les articles de nos rubriques Culture et Relations Internationales sur notre blog.
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Cette newsletter a été réalisée grâce à l'aide de l'université Lyon II et de la région Auvergne Rhône-Alpes.
