Arrivé en tant qu'étudiant boursier à Paris, Ates a vécu ses premières années en France dans une précarité totale. N’ayant pas commencé son hormonothérapie, son physique était la cible de beaucoup de commentaires, ainsi que de refus d'embauche, même par les commerces turcs. Malgré cela, il se montre reconnaissant : « Venir en France a été la meilleure décision de ma vie. »
Ates Noe Celik, Caen, 2022
Ates a toujours connu la transphobie. Il témoigne notamment d’une soirée où il avait décidé d'aller seul dans un bar, une situation impensable pour les femmes et les personnes trans en Turquie. En rentrant, trois hommes se sont rapprochés de lui en demandant « ce qu'il était ». Ils l’ont ensuite insulté et battu en raison de son apparence. « Heureusement qu’il y avait la police qui trainait » dit-il. « Normalement, on se déplace toujours en groupe. On ne peut pas se permettre de s'amuser tout seul. »
Pour Ates, être queer en Turquie est une lutte pour la survie. « On ne se pose pas la question de si on vient d’être battu ou pas. On se demande si on est vivant ou pas. » Malgré son désaccord avec certains aspects de la communauté queer française, Ates affirme être devant nous aujourd’hui justement grâce aux conditions de vie en France.
À l’opposé de la Turquie, qui ne reconnaît même pas l’existence des personnes trans, la France dispose de nombreuses ressources, comme la prise en charge des opérations chirurgicales, les dépistages pour les MST et le soutien psychologique. Ces dernières ont notamment permis à Ates de faire sa transition chirurgicalement, tout en bénéficiant d’un suivi régulier lors de son hormonothérapie, par des spécialistes en transidentité.
Bien que sa transition soit ainsi physiquement officialisée, un problème persiste : la carte d’identité. En effet, il apparaît toujours comme « Madame » dans les démarches administratives. Il y a peu de chances que la Turquie lui reconnaisse sa nouvelle identité. Son statut n’étant pas celui de citoyen français, il ne peut effectuer cette démarche sur le territoire de sa transition.
Et la situation ne risque pas de s’améliorer. Les queers turcs ont été les premières cibles de Erdogan, président turc depuis 2002 : « Maintenant, avec la réélection de Erdogan, tous mes amis queers me demandent comment faire pour venir en Europe. » Cependant, obtenir le statut de réfugié va devenir presque impossible pour les queers turcs. Avant tout, les personnes trans doivent prouver la persécution qu’elles subissent à cause de leur identité ou orientation sexuelle, afin de recevoir le statut de réfugié. Ce qui se révèle complexe, en considérant l’ignorance de la police turque, pour laquelle les personnes trans n’existent pas : « Ils te regardent, te demandent si tu es une femme ou un homme, ils peuvent même te demander de te déshabiller. » Elles ne peuvent donc pas espérer obtenir un procès-verbal ou autre justification écrite par les autorités.
Ates Noe Celik, Morlaix, 2021
Ates dit ne voir aucun espoir pour les queers turcs, surtout en vue du retrait de la Turquie de la Convention d’Istanbul, qui a, selon le parti au pouvoir, « été détournée par un groupe de personnes qui tentent de normaliser l'homosexualité – ce qui est incompatible avec les valeurs sociales et familiales de la Turquie ».
Aujourd’hui, Ates vit à Lyon avec son épouse et se focalise sur de nombreux projets artistiques. « On est obligés de prendre soin les uns des autres, car on est une minorité », s’adresse-t-il à tous les queers. « Si nous avons tant de droits aujourd’hui, c’est grâce à ceux qui ont lutté avant. Le combat n’est jamais fini. »
Pour rester au courant des projets d’Ates, suivez-le sur son compte Instagram @atesnoeart.
Par Eda Üner
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux droits LGBTQIA+, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.
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