EELV et les « Grünen » : les Anciens (écologistes) contre les Modernes ?
Aujourd’hui, « Die Grünen » se retrouve régulièrement au cœur des polémiques dans l’actualité. Leur position est jugée ambigüe sur certaines actions radicales des mouvements écologistes comme « Letzte Generation ».
Pourtant, le parti était à l’origine plutôt consensuel : créé en 1980, le parti vert allemand a historiquement eu un positionnement apolitique. Ils se situent hors du clivage gauche/droite, contrairement à EELV, affilié politiquement au mouvement altermondialiste, symbolisé par le démantèlement d’un « McDo », incarné par José Bové. Le parti écologiste français semble davantage ressembler à un « parti de contestation » plutôt qu’à un « parti de gouvernement » comme les Grünen. Ces derniers sont ainsi disposés à participer à la vie politique allemande par la construction de compromis politiques. Le parti a en effet participé à deux gouvernements : ceux des chanceliers sociaux-démocrates Schröder (1998-2005) et Scholz (depuis 2021). Sous l’impulsion des Verts, l’Allemagne prend un tournant énergétique (« Energiewende ») où sont valorisées les énergies renouvelables par exemple. Désormais, « die Grünen » font partis du gouvernement allemand actuel avec le parti social-démocrate d’Olaf Scholz (SPD) et le parti libéral (FDP). La « coalition feu tricolore » comporte des ministres verts de premier plan, comme la ministre des Affaires étrangères Annalena Baerbock ou le ministre de l’Économie et de la Protection du climat.
À l’inverse, aucun membre d’EELV n’a jamais participé à un gouvernement. Les scores du parti écologiste français à l’élection présidentielle - centrale dans le paysage politique français - n’ont jamais dépassé les 5 %, sauf lors de celle de 2002 où le candidat Noël Mamère a réuni 5,2 % des suffrages exprimés. Ainsi, EELV n’obtient pas une légitimité démocratique suffisante par les urnes pour défendre efficacement la cause écologique. Le parti ne semble alors pas avoir la capacité politique de faire avancer concrètement ses idées, alors que la situation actuelle de réchauffement du climat le justifie.
Les Verts au Parlement Européen : une force politique marginale
Ils constituent le quatrième groupe (sur 7) et représentent 10 % des euro-député.e.s pour cette législature européenne. Défendant la même vision fédéraliste de l’UE – c’est-à-dire la volonté de créer un État européen - le groupe est cependant hétérogène : il est composé de 21 élu.e.s issu.e.s des Grünen et de 12 élu.e.s EELV, mais également de régionalistes, de membres du « Parti Pirate » et même de Die Partei, un micro-parti satirique allemand voulant reconstruire le mur de Berlin.
Ils se sont notamment opposés au CETA, accord prévoyant l’intensification des échanges commerciaux, par exemple de produits alimentaires, entre les pays d’Amérique du Nord et l’UE, adopté sous la législature précédente. Ce groupe ne dispose pas d’une voix déterminante pour contrebalancer le poids des lobbys dans le processus législatif de l’UE. Le 22 novembre 2023, les Verts ont ainsi rejeté à contre-cœur un texte central du Green Deal, à défaut d’avoir fait adopter leurs amendements, au profit d’amendements cléments pour l’usage de pesticides. À l’aune de cet exemple, on constate que l’influence des Verts est faible au Parlement européen. C’est un groupe souvent en marge des négociations et coalitions politiques, où les alliances et les majorités se structurent sur la plupart des textes autour des sociaux-démocrates, des libéraux, de la droite libérale et conservatrice.
Par Antonin Verdot
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’écologie, consultez les articles de nos rubriques Société et Culture sur notre blog.
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