Déjà plus d’un mois de grève au compteur, sans aucune parution dominicale pour le Journal Du Dimanche (JDD). La principale raison de ce mouvement de contestation incombe à l’arrivée de Geoffroy Lejeune, nouveau directeur de la rédaction. Étant diplômé d’une école de journalisme, récompensé d’un prix pour les jeunes journalistes couvrant des sujets de défense et de sécurité globale et ayant déjà été directeur d’un journal, il pourrait sembler correspondre au poste. Toutefois le journal qu’il a dirigé n’est autre que Valeurs Actuelles, un hebdomadaire d’extrême-droite, et son affiliation politique fait grincer les dents.
Un fervent admirateur de la droite au pouvoir
Geoffroy Lejeune flirte en effet avec l’extrême-droite et plus particulièrement avec l’ancien candidat à la présidentielle de 2022, Éric Zemmour. Son fantasme pour le polémiste ne date pas d’hier : l’année 2015 marque la sortie de son premier roman, Une élection ordinaire, où la France serait gouvernée par Éric Zemmour, imaginé gagnant de la présidentielle de 2017.
Extrait de la quatrième de couverture d’Une élection ordinaire
Voilà donc le portrait du directeur auquel la rédaction du JDD s’oppose. Mais la peine est double puisque le groupe Lagardère est acquis en juin 2023 par Vincent Bolloré. Ce magnat des médias, lui aussi très proche de l’extrême droite, jouit d’une puissance médiatique inégalable avec en sa possession CNews, Paris Match ou encore Canal+.
Ce monopole commence à interroger, puisqu’en janvier 2022, le Sénat a conduit une commission d’enquête au sujet de la concentration des médias.
Plus récemment encore, le 25 juillet 2023, la Commission Européenne a décidé d’ouvrir une procédure visant à examiner certains soupçons sur la prise de contrôle anticipée de Vivendi (groupe appartenant à Bolloré) sur Lagardère. En effet, l’acquisition de Lagardère par Vivendi devait se faire « sous certaines conditions ». Cependant, Bolloré semblerait avoir confondu vitesse et précipitation, attisant d’autant plus la défiance à son égard.
Et pour le Journal Du Dimanche ?
Un important mouvement de soutien s’est certes consolidé au fur et à mesure de leur grève, mais Arnaud Lagardère n’a pas l’air de vouloir tenir compte de la Société Des Journalistes (SDJ) du JDD. Plus indignant encore, la direction du groupe a annoncé ce 24 juillet « une rupture des négociations ». Cette rupture est couplée à l’arrivée forcée de Geoffroy Lejeune pour la date du 1er août, traduisant mépris et indifférence.
Le cas du JDD est pourtant loin d’être le seul en Europe, où la sonnette d’alarme a déjà été tirée par la Commission elle-même. Vincent Bolloré n’est autre que la version française de Rupert Murdoch, magnat des médias britanniques. Tous deux procèdent avec le même mode opératoire : plaquer une conception purement économique sur un système journalistique fondamental dans nos démocraties.
La grève du JDD est donc le symbole d’un trop-plein. Un trop-plein de manigances et de capitalisation. Les rédactions sont devenues des parts de marché à conquérir et chaque information est une plus-value. Là n’est pas l’essence du journalisme et de sa rigueur professionnelle.
Cet article a été rédigé lors du mouvement de grève du JDD et s’efforce d’apporter les informations les plus récemment sorties. La date d’arrivée de Geoffroy Lejeune est prévue pour le 1er août, toutefois le JDD continue de reconduire sa grève. Le compte Twitter de la SDJ du JDD poste toutes les évolutions de la situation, pour vous permettre d’être tenu.e.s au courant.
Par Pauline ROYER
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