Le 7ème continent, voilà le nom donné à l’amas de près de 80000 tonnes de déchets plastiques découvert en 1997 dans l’Océan Pacifique. Cette zone de 1,6 millions de km² (ou 3,5 millions de km² selon certaines études) n’est pas une masse compacte de déchets. En effet, le plastique s’y trouve éparpillé sur des kilomètres. Les microplastiques sont présents jusqu'à 30 mètres de profondeur et il n’existe pour l’instant aucun moyen de les ramasser. Ces déchets sont ingérés par les animaux marins, se retrouvant ainsi dans la chaîne alimentaire. Des chercheurs, comme Isabelle Taupier-Letage, chef scientifique de l'expédition Tara Océan, tentent d’alerter sur la gravité de cette soupe de plastique qui serait également présente au sein du Pacifique Sud, de l'Atlantique Nord et Sud et de l'océan Indien.
Les déchets plastiques occupent une place prépondérante dans nos sociétés. Chaque minute, près d’un million de bouteilles en plastique sont vendues dans le monde. Entre 1950 et 2015, la production mondiale annuelle de plastique, qui n’a jamais cessé de croître, est passée de 2,3 millions à 448 millions de tonnes. National Geographic souligne que « De nos jours, le marché principal de plastique est celui des emballages. Ce segment représente à présent près de la moitié de tous les déchets plastiques produits dans le monde, la plupart n'étant jamais recyclés ou incinérés ». La Commission européenne estime qu’entre 52000 et 184000 tonnes de granulés plastiques seraient, chaque année, rejetées dans l’environnement dans les 27 pays membres de l’Union Européenne, et qu’actuellement 50 000 à 75 000 milliards de microplastiques se trouveraient dans les océans. La co-fondatrice et présidente de Sea Shepherd France ajoute que « 80 % des macrodéchets plastiques sont des résidus d’engins de pêche. Ils sont soit abandonnés en mer par les pêcheurs, soit perdus ».
Déchets plastiques se trouvant dans les océans, à proximité de certaines populations (Abdul Hakim)
Dans le cadre de la lutte contre ce fléau, le Directeur général de la Fondation Tara rappelait en 2019 que « c’est à terre que la solution se trouve ». Ainsi, aucune étape de la vie du plastique ne doit être négligée : des évolutions doivent avoir lieu à toutes les échelles. Une fois que le plastique se retrouve dans l'océan, il est plus difficile à récupérer et recycler. Certains tentent malgré tout de créer des outils qui pourraient ramasser tous ces déchets. C’est par exemple l’objectif de l’ONG Ocean CleanUp, qui cherche à limiter le plastique dans les rivières, et ainsi réduire la pollution dans les océans. En parallèle de cette action, elle tente de nettoyer ce qui s’est déjà accumulé dans l’océan. L’association The Sea Cleaners développe le MANTA, un navire qui aura pour mission de sensibiliser les communautés côtières, d’analyser les déchets récupérés, mais également de « collecter, traiter et valoriser les macrodéchets plastiques en grande quantité ».
Le programme de financement européen Horizon Europe a fixé un objectif de restauration et de protection des eaux d’ici 2030, notamment avec son plan d’action zéro pollution pour 2050. Celui-ci ambitionne d’améliorer la qualité de l'eau en réduisant de 50% les déchets plastiques en mer et de 30% les microplastiques rejetés dans l’environnement. Par ailleurs, l’Union Européenne va, pour de nombreux produits, interdire les microplastiques, mais également progressivement les paillettes et les autres produits qui contiennent des microbilles. « On les retrouve depuis les pôles jusqu’au fond des planchers océaniques marins », rappelle un expert en pollution plastique de la fondation Tara Océan.
Par Léa Rabouteau & Louna Pinchinot
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’écologie, consultez les articles de nos rubriques Relations Internationales et Culture sur notre blog.
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