Un environnement hostile
Malgré des mesures mises en place depuis les années 2000, l’espace public n’est pas adapté aux personnes en situation de handicap. La loi du 11 février 2005 instaure par exemple en France l’obligation pour les établissements recevant du public d’être accessibles pour tous.tes. Toutefois, un sondage réalisé par AFP handicap en 2020 révèle l’inefficacité de ces textes : « 9 personnes sur 10 éprouvent des difficultés dans leurs déplacements au quotidien ». Ici, rien de plus qu’un semblant d’espoir n’a été créé.
Au-delà d’un territoire inhospitalier, les personnes en situation de handicap sont confrontées au mépris de leurs concitoyen.ne.s. Combien de personnes savent comment réagir face à une crise autistique ou utiliser la langue des signes ? Outre une sensibilisation plus que lacunaire, il existe un réel manque de reconnaissance au sein de la société, notamment pour les handicaps invisibles. Marie-Lou témoigne devoir « toujours justifier mon handicap, le prouver ». Plus indignant encore, pensez aux nombreux handicaps utilisés comme insultes : l’illustration parfaite de cette discrimination.
Une lutte fastidieuse
Face à ce constat la colère monte, et la lutte s’organise dans une visée de sensibilisation. Nombreux sont les comptes Instagram à but didactique comme @l.oeil.atypique, ou bien dénonciateurs, comme @payetonhandicap. Mais la lutte n’est pas seulement virtuelle, et naissent ainsi de nombreux collectifs comme Les Dévalideuses, qui dénonce la marginalisation des femmes en situation de handicap au sein de la lutte.
Du côté du gouvernement français, il existe une ministre chargée des Personnes handicapées, Fadila Khattabi, laissant penser à une volonté de représentation. Toutefois, les occupant.e.s de ce poste ont toujours été valides, ce qui paraît hypocrite. En France, il existe également des organisations, telles que le Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées ou la Conférence Nationale du Handicap (CNH), mais selon Marie-Lou « ce n’est pas assez. Les CNH ne sont souvent pas accessibles et il n’en résulte pas de grands changements ».
Un validisme européen
Malheureusement, cette oppression est aussi observable à l’échelle européenne, permettant alors de parler d’un mépris systémique. L’Union Européenne (UE) a pourtant signé divers accords allant vers une évolution positive. En 2018, le Parlement et le Conseil européen se sont accordés pour signer l’Acte européen sur l’accessibilité. L’UE avait également ratifié en 2011 la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, rappelant la nécessité d’inclusion et d’égalité. Mais de nouveau, les résultats concrets sont moindres : selon Eurostat, en 2022, 50% des personnes européennes en situation de handicap souffrent de pauvreté et d’exclusion sociale.
De leur côté, les pays du Nord semblent avoir une politique d’accessibilité bien plus efficace. L’exemple de la Suède est frappant. En 1999, Stockholm s’était fixé l’objectif de devenir la ville la plus accessible du monde d’ici à 2010. Aujourd’hui, le site internet Accessible Sweden a été créé pour aider les touristes à planifier leur voyage, et le prix St Julian a vu le jour pour encourager les commerçants à faciliter l’accessibilité de leurs boutiques.
Si notre société validiste manque cruellement de tolérance et d’inclusion, l’oppression des personnes en situation de handicap pourrait être combattue grâce à la sensibilisation et une considération plus juste. Comme le dit Marie-Lou : « Aujourd’hui, ce qui bloque, ce ne sont pas les moyens, mais la volonté. Et ça, ça pourrait changer ».
Par Justine Eyraud
