Kessel

EXPULSION DE RÉFUGIÉS EN ALBANIE : QUAND LA JUSTICE ITALIENNE DIT STOP

Le 16 octobre 2024, le gouvernement italien devait envoyer pour la première fois des demandeurs d’asile en Albanie, dans l’espoir qu’ils y obtiennent un visa. Deux jours plus tard, la justice italienne suspend cette sous-traitance. Une affaire qui interroge la place de la justice dans les démocraties européennes.

MINERVIEWS
2 min ⋅ 01/12/2024

C’est l’une des mesures phares qui marquera le gouvernement de Giorgia Meloni en matière de lutte contre l’immigration. L’accord signé en novembre 2023 entre la cheffe du gouvernement italien et le Premier ministre albanais planifiait l’envoi massif de demandeurs d’asile dans des camps situés au nord de l’Albanie. Douze d’entre eux, tous des hommes, devaient y être transférés mais c’était sans compter sur la justice italienne qui a repoussé l’opération au 18 octobre 2024. Elle a justifié sa décision en affirmant que leurs pays de départ n’était pas considéré « sûrs » donc les ressortissant.es ne pouvaient être envoyé.es en Albanie selon les autorités italiennes. 

Obligé de rapatrier les premiers exilés, le gouvernement italien persiste et tente de contourner la décision de justice. Un décret est pris afin d’inscrire les pays d’origine des réfugiés sur la liste des pays sûrs. Le 11 novembre, la justice italienne décide de porter l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne(CJUE). 

Une politique d’externalisation des réfugiés prônée par l’UE

Le projet italien est loin d’être isolé dans l’UE. Le pacte Asile et Migration institue la généralisation de centres de rétention pour migrant.es. Ces dernier.ères devront attendre à l’extérieur de l’espace Schengen que leur demande d’asile soit traitée. La politique italienne en matière d’immigration fait figure de modèle pour certains pays européens comme l’Allemagne

Cette politique visant à contrôler l’immigration extra-européenne découle des accords de Dublin. Signés en 2013, ils obligent les réfugié.es à déposer leur demande d’asile dans le pays d’arrivée, et non dans le pays souhaité. Le principe de libre-circulation prévu dans le droit de l’UE n’est pas effectif pour les personnes déplacées puisqu’elles ne peuvent pas déposer de demande d’asile dans un État autre que le pays d’arrivée.

En première ligne, l’Italie ne peut pas compter sur la solidarité des États d’Europe du nord qui prendraient leur part dans l’accueil des demandeur.euses d’asile. Cela contraint l’Italie à mener une politique d’accueil répressive qui bafoue les droits fondamentaux des réfugié.es. 

Une politique contraire aux droits humains

En souhaitant déporter les réfugié.es arrivé.es de quelque manière que ce soit, l’État italien viole leurs droits fondamentaux. Comme toutes autres personnes humaines, les exilé.es devraient pouvoir vivre en sécurité.

Le respect du droit à la vie privée est aussi bafoué pour les déplacer de force vers l’Albanie. Le départ contraint vers les centres de rétention albanais met un terme aux relations sociales que les réfugié.es auraient pu nouer sur le territoire italien. Pourtant, ce principe du droit à la vie privée est consacré par la CEDH à laquelle l’Italie a adhéré. 

Le débat autour de la politique migratoire menée par les pays européens s’inscrit dans deux approches de la démocratie. D’un côté, les États comme l’Italie qui mènent une politique anti-immigration compte tenu du vote aux dernières élections législatives. Et de l’autre, les pays ou les institutions comme la CJUE ou la CEDH qui se réfèrent au respect des libertés fondamentales. Un magistrat italien syndicalisé à gauche cité dans Le Monde résume la situation ainsi : « la question migratoire sert de socle où se joue une lutte entre deux visions de la démocratie : celle, plébiscitaire, qui est basée uniquement sur les élections, sachant que le gouvernement a beaucoup investi politiquement sur l’immigration. Et, d’autre part, la vision de la démocratie qui est fondée sur l’État de droit ».

Par Antonin Verdot


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à à la Justice Européenne, consultez les articles de nos rubriques culture et société sur notre blog.

Suivez MINERVIEWS

MINERVIEWS

Par MINERVIEWS

Minerwiews t'informe sur l'Europe ! Nous sommes étudiant.e.s en sciences humaines et sociales et avons comme sujet de préoccupation de comprendre les enjeux contemporains présents en Europe et d’interpeller sur ces sujets. Hispanophones, italophones, germanophones, anglophones et plus encore, notre groupe est un ensemble multilingue ! C’est pourquoi nous avons choisi.es de conserver cette diversité dans nos articles. Chaque mois, tu découvriras de nouvelles thématiques via différentes approches.

Les derniers articles publiés

MATEO CABETE, ETUDIANT EN MOBILITE INTERNATIONALE AU CANADA

par MINERVIEWS   ⋅  08/07/2026 2 min

Mateo Cabete vient d’être diplômé d’une licence bidisciplinaire droit et histoire de l’art à l’université Lumière Lyon 2. Pour conclure ses trois années en beauté, il s’est envolé vers le Canada, à Sherbrooke, le temps d’un échange universitaire.

CONSTANCE: SA VIE MULTICULTURELLE ENTRE LONDRES, LYON ET PARIS

par MINERVIEWS   ⋅  01/07/2026 5 min

Etudiante, Constance a grandi à Londres avec deux parents français à la croisée de plusieurs culturelles. Cette franco-britannique se confie sur son rapport à son identité, son chez-soi et au voyage.

LE VINTAGE FACE À LA FAST-FASHION : UNE RÉSISTANCE À L'UNIFORMISATION ?

par MINERVIEWS   ⋅  01/06/2026 1 min

Depuis quelques années, le vintage connaît un succès grandissant, notamment auprès des jeunes. Souvent présenté comme une alternative plus éthique à la fast-fashion, il semble également répondre à un besoin d'originalité dans une mode de plus en plus standardisée. Est-ce une véritable forme de résistance ou une nouvelle tendance comme une autre ?

LES INFLUENCEURS, LA FAST-FASHION ET L'EUROPE : QUI FIXE LES RÈGLES ?

par MINERVIEWS   ⋅  01/06/2026 3 min

En Europe, il existe de grandes divergences quand il s'agit d'encadrer les influenceurs et leur rôle dans la promotion de la fast-fashion. Le cadre européen semble insuffisant face à une surconsommation mondialisée.

FAST-FASHION ET PETIT COLIS : "TAX THE POOR" ?

par MINERVIEWS   ⋅  01/06/2026 1 min

Le gouvernement français a mis en place une taxe sur les petits colis le 1er mars pour limiter l’importation de produits bas de gamme. En attendant la génération de la taxation à l’échelle européenne le 1er juillet, la fast-fashion transite par le Benelux et le porte-monnaie des consommateurs français est, pour l’instant, préservé.

LA FRAGILISATION DES IDENTITÉS CULTURELLES À TRAVERS LE MODÈLE DE LA FAST-FASHION

par MINERVIEWS   ⋅  01/06/2026 1 min

Le vêtement semble être un moyen d’exprimer son identité. Aujourd’hui, beaucoup de vêtements sont le symbole d’un héritage culturel, et permettent de s’identifier à une communauté. Cette idée est pourtant remise en question par la tendance de la fast-fashion, qui transforme les vêtements en un simple produit de consommation.

LA FAST-FASHION : UNE MODE QUI CONSUME L'ENVIRONNEMENT ET LA SANTÉ

par MINERVIEWS   ⋅  01/06/2026 2 min

Présente depuis les années 2000, la fast-fashion n’est pas une nouveauté. Depuis plus d’une dizaine d'années, ses conséquences environnementales et sociétales sont étudiées et persistent pourtant (1). Pire, les réseaux sociaux sont devenus le vecteur d’une nouvelle culture ultra-consumériste promue par la fast-fashion.

FAST FASHION ET (SUR)CONSOMMATION CULTURELLE : MÊMES MÉCANISMES ?

par MINERVIEWS   ⋅  01/06/2026 2 min

Souvent pointée du doigt, à raison, la fast fashion est aujourd'hui décrié dans la société. C'est maintenant la consommation culturelle qui présente des caractéristiques du « toujours plus » et d'esthétisation.

L’IMMIGRATION : PREMIÈRE CAUSE D’EUROSCEPTICISME ?

par MINERVIEWS   ⋅  01/05/2026 2 min

L’euroscepticisme a toujours été un sentiment présent en Europe. C’est pour cela que le traité de Lisbonne a mis en place à son article 50, le retrait d’un Etat membre de l’UE. Processus qui a été utilisé par le Royaume-Uni, en janvier 2020. Ce souhait qui désormais inspire d’autres nations a été motivé par des crises économiques et migratoires.

L’EUROVISION, UNE RÉPONSE À LA MONTÉE DE L’EUROSCEPTICISME ?

par MINERVIEWS   ⋅  01/05/2026 1 min

Le 16 mai prochain se déroulera, comme tous les ans, la 70e édition du Concours Eurovision de la Chanson. Cette scène immense est l’occasion de célébrer l'unité continentale face à un euroscepticisme qui, comme l’illustre parfaitement le récent Brexit, ne cesse de s'étendre et de prendre de la place dans le débat public.