Le soleil se couche, il est 20h30. Au cœur de la ville, la musique est forte, les gens dansent, les bières s’écoulent, et les passants jettent une oreille à toute cette animation.
Nous sommes le jour le plus long de l’année, le 21 juin 1985. Les Grecs découvrent ce qu’est la fête de la musique. Cette tradition française s’est exportée cette année en Grèce, pour la première fois hors de l’hexagone. Le président de l’époque François Mitterrand inaugure même cette date sur l'Acropole d'Athènes. Il lance alors un mouvement européen, qui va par la suite s'étendre dans les grandes capitales, afin de proposer une fête gratuite et accessible.
Une idée très française
Lancée 3 ans plus tôt par le ministre de la Culture français Jack Lang, cette journée a été dédiée à la musique. A l'origine, c’est une fête pensée aux deux solstices par Joel Cohen, artiste américain, pour que les musiciens jouent gratuitement. L’idée a été reprise à l’arrivée de Mitterrand en 1981 et un concert gratuit fut organisé. Jack Lang s’inspire alors de cette initiative pour donner l'impulsion à une fête nationale. Il voulait un « projet dans lequel les gens seraient impliqués, dont ils seraient eux-mêmes les instigateurs. » Rock, jazz, rap ou house, la liberté musicale n’a aucune limite.
L’intitulé joue avec “Faites de la musique”. Tous les musiciens, amateurs et professionnels, sont invités à se produire dans la rue, dans des salles, dans des parcs. Partout. Un succès immédiat grâce à son accessibilité. 80% des Français y ont déjà mis les pieds, et un sur dix s’est déjà produit selon l’INSEE. Un modèle qui plaît, un modèle qui s’exporte.
Athènes et Berlin en précurseures
Grâce au succès français, l’Europe suit rapidement. Le label “Fête de la musique” est créé, et les pays européens signent la charte “Fête européenne de la musique” à Budapest en 1997. La machine se met rapidement en route et chaque pays a sa spécialité.
Claire Monville, directrice du Conseil de la Musique en Belgique, expliquait que, « en France ils se focalisent beaucoup sur les musiques amateures, chez nous c’est un mix entre les musiques amateures et plus professionnelles. » Pour autant, elle insiste sur l’essence même de ce jour particulier : « tout le monde peut en profiter, ce qui est de moins en moins le cas aujourd’hui. »
En Allemagne, « la Fête de Berlin a toujours été engagée socialement », selon Björn Döring, le visage de cette journée à Berlin.
Pour les Anglais, la journée est connue sous le nom de “Music Day”. Depuis quelques années, Londres propose à ses habitants une festivité populaire : des concerts sur le parvis de la mairie, des pubs transformés en scène ouverte.
Mais tous les pays d’Europe n’accueillent pas la fête de la musique. Quelques-uns restent en marge, comme la Lettonie. Yana, étudiante de 23 ans, nous explique que le pays préfère « fêter le Latvian song and Dance festival », une fête traditionnelle qui se déroule à la fin du mois de juin. Selon elle, les pays baltes restent donc des territoires où « les traditions locales prennent le dessus sur la fête européenne ».
Malgré tout, les grandes villes européennes se sont saisies de cette journée : son accessibilité intersociale et la célébration de la culture populaire rendent simple l’offre musicale. C’est aussi une belle arme artistique, qui fédère et offre un espace au sein duquel le public et le musicien s'expriment librement. Une manière de créer une unité européenne, autour de l’art et de l’expression libre. L’idée de pouvoir se produire partout, sans frais, sans limite, est un pouvoir unique, réunissant spectateurs et musiciens, qui se confondent souvent.
Par Thibaut Combe
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à la musique, consultez les articles de nos rubriques Culture et Relations Internationales sur notre blog.
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