En Europe, de nombreux plats emblématiques et très consommés ont une grande histoire issue des migrations. Le kebab, dont la viande est originaire de l’Empire Ottoman, s’est popularisé sous la forme de sandwich en Allemagne tout en gardant la marque de ses origines dans son nom : « Döner Kebab ». La pizza, originaire de Naples, en Italie, s'est popularisée grâce à la migration de travailleurs italiens vers d'autres pays européens à partir du XIXe siècle. Aujourd’hui déclinée de diverses manières selon les pays (pizza Hawaïenne, Norvégienne…), la pizza est un plat universel que l’on retrouve aux quatre coins du monde.
Mais avons-nous déjà réfléchi à l'importance que la tradition culinaire avait pour les personnes immigrées ? Le départ de leur pays de naissance peut avoir un impact psychologique important ; la cuisine traditionnelle est un moyen pour eux de rester connectés à leur pays, et de maintenir leur culture vivante dans un pays étranger. Cela peut également jouer un rôle important dans leur processus d'intégration. Certaines personnes choisissent de mettre en place des associations sur cette thématique. C’est le cas de Kryssandra et François, qui « partagent une passion commune pour l'art, la culture et l'entraide ». En février 2018, ils ont créé l’association Soul Food Paris. Leur objectif est de promouvoir la cuisine afro-américaine à Paris, tout en créant un espace de partage culturel et d'inclusion. Ils organisent régulièrement des événements culinaires et culturels, tels que des soirées à thème, des ateliers de cuisine et des expositions artistiques. Cette initiative permet de valoriser la diversité culturelle migratoire à Paris, tout en renforçant le dialogue interculturel et en favorisant le partage. Selon leur dernier article de blog intitulé « Le pouvoir de la [soul] food », la nourriture est un outil puissant qui a de nombreux avantages. Elle peut servir de moyen de communication, de transmission culturelle, de narration, d'éducation et peut réellement contribuer à un changement positif. Il y a deux mois, les deux créateurs de l’association ont fêté les 5 ans de Soul Food Paris, preuve du succès de l’initiative récente.
Ce succès ne se limite pas qu’à cette association. Dans le monde entier, on retrouve des actions similaires, qui mettent en avant les cuisines traditionnelles des populations migrantes. On retrouve par exemple Migrateful, au Royaume-Uni, qui propose des cours de cuisine organisés par des chefs migrants, permettant ainsi de célébrer la diversité culinaire et de créer des opportunités d'emploi pour les chefs migrants. En Australie, Free to Feed propose des ateliers de cuisine dirigés par des chefs réfugiés, offrant ainsi une plateforme pour partager leurs talents culinaires et faciliter leur intégration dans la société australienne.
Depuis 2016, on célèbre le 20 juin la journée mondiale du réfugié. Pour l’occasion, à Lyon et dans une dizaine d’autres villes en France et en Europe se tient le « Refugee Food Festival ». Cet événement permet aux chefs réfugiés de partager leurs compétences culinaires et leur culture en collaborant avec des restaurants locaux pour créer des menus spéciaux. Cette initiative est un excellent exemple de la façon dont la nourriture et la gastronomie peuvent être utilisées pour promouvoir l’intégration des réfugiés dans les communautés locales et renforcer les liens entre les cultures. Mohammad El Khadly, chef cuisinier et réfugié Syrien en France depuis 2015, a pu continuer à exercer son métier grâce au Refugee Food Festival. Dans une interview, il confie que « la cuisine est un langage universel » et donc un bon moyen de fusionner sa culture avec d’autres pays.
Et si l’on rangeait la défiance pour se rassembler autour d’une table ?
Par Eugénie Aubert
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux migrations, consultez les articles de nos rubriques Société et Relations Internationales sur notre blog.
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