L’art pour distraire du traumatisme de la guerre
L’art, c’est l’humanité. Il fait naître en chacun d’entre nous des émotions intenses, touchant à notre identité culturelle. Au cœur des conflits, il est un véritable outil permettant de faire face aux épisodes traumatisants, notamment au sein du conflit syrien avec l’artiste Akram Abu Al-Faws qui « peint sur les vestiges de la guerre » dans le but de redonner de l’espoir à son peuple, malgré la destruction du pays. C’est en poursuivant cet objectif que Denys Metelin, street-artiste Criméen lui-même marqué par les annexions russes, a décidé de mettre son talent au service de la cause ukrainienne.
À travers sa peinture, il tente de changer la perception commune de la guerre afin d’en limiter les impacts traumatisants sur le moral des habitants. Pour cela, il se sert de l’humour et représente les émotions à travers des symboles discrets. Prenons l’exemple de la peinture Silver Down Jacket datant de 2022 et mettant en avant une jeune fille marquée par des éléments représentant le conflit. On y retrouve l’idée d’un traumatisme de guerre qui sera à jamais gravé dans l’identité ukrainienne, et que ce peuple, malgré sa souffrance, doit continuer à aller de l’avant.
Silver Down Jacket - Denys Metelin (2022, UART gallery)
Soutenir l’opprimé depuis le camp de l’oppresseur
Plusieurs personnalités russes ont pris position en s'opposant à la guerre en Ukraine, défiant ainsi la volonté offensive Russe. C’est avec courage et engagement qu’ils tentent d’exprimer la pluralité d’opinions dans un État proche de la dictature. La journaliste russe Marina Oysiannikova a notamment provoqué la stupéfaction dans son pays lorsque, le 14 mars 2022, elle a interrompu le direct du journal télévisé Vremya en brandissant une pancarte portant le slogan « Non à la guerre ». Ce geste engagé ne fut pas sans conséquence, puisque la jeune journaliste avait été assignée à résidence jusqu’au 9 octobre 2022. Elle est aujourd'hui recherchée par la police russe.
Refuser de rester dans le silence est aussi un sentiment que partage Vladimir, un artiste peintre russe âgé de 84 ans qui s’oppose fermement à la guerre entamée par le président Vladimir Poutine. Il le montre en réalisant des peintures murales à Borovsk, ville au sud-ouest de Moscou. Malgré la terreur infligée par l'oppression, Vladimir continue son combat : pour lui la peinture est un moyen d’expression afin de dénoncer les atrocités commises en Ukraine. A travers ces différentes prises de positions, il paraît clair que les choix politiques du président russe Vladimir Poutine sont loin de faire l’unanimité.
L’art, matériau conducteur d’émotions
S’exprimer à travers l’art en période de guerre est une pratique ancienne. Réalisé en 1937 par le peintre espagnol Pablo Picasso, le tableau Guernica joua un rôle important dans la propagande anti-guerre suscitée par le bombardement de la petite ville de Guernica durant la guerre d’Espagne. L’artiste communique à travers son art, transmet un message que même les mots ne pourraient traduire.
C’est cette métaphore qui pousse Jean Clair, ancien directeur du musée Picasso, à parler de Guernica comme étant « LE plaidoyer anti-guerre universel ». Le tableau est ainsi reconnu comme le symbole par excellence de l’horreur de la guerre.
Malgré l’hostilité et la brutalité rencontrées au cours des conflits, comme au sein de l’affrontement actuel en Ukraine, l’art semble toujours parvenir à se dénicher une place, incarnant une voix pour les opprimés, un déclencheur émotionnel, un appel à l’humanité.
Par Eugénie Aubert, Rayane Mehafed, Aïda Zaher et Myrtille Praire
Pour aller plus loin sur notre dossier consacré au un an de la guerre en Ukraine, consultez les articles de nos rubriques Culture et Société sur notre blog.
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