La migration des cerveaux illustre un flux migratoire contemporain important, mais qui reste trop peu évoqué dans les médias. Ces derniers représentent les professionnel.le.s, jeunes pour la plupart, ayant un niveau d’étude élevé et qui décident de quitter leur pays d’origine pour travailler à l’étranger.
Les pays les plus touchés semblent être ceux des régions rurales du sud et de l’est de l’Europe ayant une croissance économique faible. Toutefois, les cerveaux fuient également de pays européens plus inattendus, pays que l’on a tendance à qualifier de dynamiques comme l’Italie. En 2020, sur 7,5 millions de diplômé.e.s italien.ne.s, 31 000 ont émigré à la fin de leurs études. Finalement, c’est le cadre économique défavorable de leur pays qui pousse ces cerveaux à l’émigration.
Un cerveau ne fuit pas sans raison
Les bas salaires additionnés au manque d’investissement dans la recherche apparaissent comme les motivations les plus évidentes de cette mobilité. Cependant, elles ne sont pas seules à pousser les cerveaux italiens à fuir. Chiara est une italienne de 29 ans, diplômée d’un master en Histoire contemporaine, et travaille maintenant dans l’enseignement en France. Elle déclare : « Non, ce n'est pas (seulement) une question d'argent. Je pense que nous rêvons tous d'avoir un travail en adéquation avec les études que nous avons faites ». Le chômage des jeunes, s’élevant à 23%, semble pousser massivement les jeunes diplômé.e.s italien.ne.s à trouver un emploi hors des frontières de leur pays et qui sera certainement plus à la hauteur de leurs qualifications. Ces vagues migratoires révèlent alors un réel problème structurel.
Cependant, si la fuite des cerveaux souligne des difficultés économiques du pays d’origine, elle met aussi en évidence le développement économique des pays accueillant les diplômé.e.s. Les destinations des mobilités professionnelles attestent de l’attractivité des pays. Parmi ces destinations européennes se trouvent le Luxembourg, l’Allemagne ou encore le Royaume Uni, dont l’économie rayonne. Ces deux derniers hébergent plus d’un tiers des scientifiques et ingénieur.se.s présent.e.s dans l’Union Européenne.
Une fuite non sans conséquences
En plus de souligner les divergences économiques en Europe, l’exode des travailleurs les intensifie. Les diplômé.es qui fuient leurs pays d’origine empêchent une certaine rentabilité du système d’éducation. Chiara estime notamment que « L'Italie (et mes parents) a payé la quasi-totalité de mes études et il serait donc peut-être « juste » que je fournisse "mon cerveau" au pays qui a financé mes études. »
Cette perte de capital humain crée également un manque criant de main-d'œuvre dans les pays européens les plus pauvres, cette pénurie touche particulièrement le secteur médical. À l’inverse, les cerveaux mobiles profitent à la croissance économique de leur pays d’accueil.
Au-delà d’une simple mobilité professionnelle, cela semble être un enjeu économique qui impacte durement l’Europe. Le futur des pays en perte de diplômé.e.s est préoccupant, comme le dit Chiara : « On entend souvent dire que l'Italie est le pays le plus vieux d'Europe, et si l'on ajoute à cela le fait que de nombreux jeunes, une fois diplômé.es, partent travailler et vivre à l'étranger, j'avoue que je ne suis pas sûre que l'avenir de mon pays soit des plus prometteurs ».
Par Pauline Royer et Justine Eyraud
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux migrations, consultez les articles de nos rubriques Relations Internationales et Culture sur notre blog.
Suivez MINERVIEWS
