Ces politiques plus ou moins graves ont été mise en place tout au long de l’Histoire. Le point culminant fut la Seconde Guerre mondiale, mais pourtant, la connaissance de cette persécution reste lacunaire.
Aujourd’hui, la communauté LGBTQI+ revendique l’inclusion de leurs souffrances et persécutions subies durant la Seconde Guerre mondiale dans les politiques de mémoire. En effet, on constate que c’est un pan entier de l’histoire qui manque. La cause réside certes dans les persécutions des régimes totalitaires alors en place, mais aussi du fait que les personnes LGBTQI+ étaient très mal considérées après la guerre. En effet, en France, les premières lois décriminalisant l’homosexualité et instaurant la non-discrimination ne date que des années 80. Dans d’autres pays de l'Union européenne comme l’Espagne ou l’Italie, les lois criminalisant l’homosexualité sont abrogées plus tôt, vers le début du XXème siècle, même si la persécution reste féroce par le biais d’autres instruments notamment la médecine et les déportations.
C’est notamment pour ces raisons que les recherches récentes ont des difficultés à retrouver des sources ainsi que des témoignages sur les persécutions subies par la communauté LGBTQI+. Ainsi, le passage du temps complique les choses. Mais alors pourquoi ne pas avoir reconstitué cette mémoire dès la sortie de la guerre ? Car cela posait problème pour les politiques et pour la société. Il aurait fallu reconnaître que les personnes déportées n’étaient pas majoritairement des combattants, mais des personnes civiles, au quotidien tout à fait banal, qui sont persécutées pour des raisons qu’ils n’ont pas choisies. Le combat est un choix mais eux n’ont pas choisi d’être persécutés. Au passage du temps et des politiques s’ajoute l’omerta* imposée par la société aux survivants de camps de concentration et d’autant plus à la communauté LGBTQI+. Mais récemment, des initiatives ont pu voir le jour pour éviter de voir cette histoire disparaître. Il faut tout de même signaler le travail plus ancien de The Lesbian Herstory Archives aux États-Unis fondé en 1970.
Des recherches sur ces persécutions et la culture LGBTQI+, dite culture queer, ont vu le jour dans les pays européens et ont accompagné les revendications des communautés LGBTQI+ sur les politiques de mémoire. Néanmoins, chaque pays a ses propres particularités ce qui fait que chaque communauté a des revendications différentes. En Espagne, ils revendiquent l’extension des effets de l’amnistie politique et syndicale, votée en 1976, à l’application des lois sur les vagabonds et les voyous (1954), ainsi qu’à la loi sur la dangerosité et la réinsertion sociale (1970). En France, les communautés cherchent à rendre visible cette mémoire qui est plurielle car le vécu d’une personne trans n’est pas le même que celui d’une personne gay ou non binaire. Néanmoins, cette mise en lumière de ces mémoires, et par extension de la communauté LGBTQIA+, s’inscrit dans un contexte anxiogène avec la montée du populisme.
Cette mise en visibilité des mémoires des minorités reste une nécessité dans une société européenne affaiblie par la montée en puissances de mouvements extrémistes qui ne tolèrent plus le compromis démocratique, aidés par les fakes news et les théories complotistes sur les minorités. Elle est essentielle pour lutter contre ces fausses idées et renouer le dialogue. Néanmoins, c’est aussi un cri d’appel au pacifisme et à la vigilance car nous pouvons faire des analogies de certaines situations dans le monde avec notre propre histoire. Ainsi, se souvenir de cette histoire est important comme l’a dit George Santayana « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter ».
* En Italie, dans les milieux soumis à la mafia, loi du silence ; refus de répondre à toute personne étrangère à une mafia, par crainte de représailles. Par extension : silence qui s'impose dans toute communauté d'intérêts
Par Lucie Petit
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux politiques mémorielles, consultez les articles de nos rubriques société et relations internationales sur notre blog.
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