Cet outil, qui est devenu géopolitique, est parfaitement maîtrisé par certaines puissances mondiales, dans l’optique de déstabiliser des pays ennemis, par exemple à travers l’influence d’élections. L’IA représente un secteur de forte concurrence entre ces différentes puissances. Les Etats-Unis, via la Silicon Valley et ses GAFAM , semblent avoir un avantage technologique et historique. Néanmoins, la Chine investit massivement dans les nouvelles technologies, dont l’IA. L’Union européenne (UE) souhaite elle aussi devenir une grande puissance dans le domaine des technologies avancées, et donc développer les potentialités de l’IA.
Toutefois, face au défi que représente l’IA, l’UE a décidé de réguler son futur usage dans de nombreux domaines, à travers la commission “Artificial Intelligence Act”. Cependant, selon les experts, cette dernière reste assez inefficace face au risque grandissant d’ingérence étrangère utilisant l’IA contre le continent européen et ses démocraties.
Si la Chine et les USA se positionnent comme des superpuissances de l’IA, l’UE doit se prévenir de ce risque et devenir aussi un acteur majeur dans le développement des potentialités de l’IA.
L’intelligence artificielle au service des ingérences étrangères sur l’Europe
Dès 2014, l’UE a été confrontée à ce risque : « Les eurodéputés s’étaient alarmés du danger que révélait Cambridge Analytica pour la démocratie. C’était à l’âge de pierre de l’IA. Aujourd’hui, l’industrialisation de la manipulation constitue un risque systémique » affirme l’économiste Vincent Lorphelin, co-président de l’Institut de l’Iconomie et fondateur de Controv3rse (groupe de réflexion et d’étude sur l’économie numérique) dans une tribune pour le journal Le Monde.
L’IA participe au développement et à la diversification de ces attaques. Le risque provient de multiples acteurs. A titre d’exemple, la Russie avait influencé les élections présidentielles américaines, en favorisant l'élection de Donald Trump, jugé moins défavorable aux intérêts russes. La Chine a également investi massivement dans le domaine des nouvelles technologies, dont l’IA, à travers de grandes entreprises telles que Huawei. L’Europe tente de se soustraire à cette montée en puissance chinoise, notamment dans le secteur des télécommunications. Nous pouvons par exemple le percevoir en Allemagne, qui réfléchit à interdire aux entreprises chinoises l’accès au réseau 5G par crainte d’un contrôle du réseau ou d’une surveillance technologique chinoise.
D’autres acteurs, à une plus petite échelle, s'immiscent également dans le développement de l’IA. Les “Story Killers”, dévoilés par le collectif de journalistes d’investigation “Forbidden Stories”, en est un exemple. Les campagnes de désinformation menées par la “team Jorge” via l’utilisation de l’intelligence artificielle AIMS (“Advanced Impact Media Solutions”), illustrent cela.
La lecture des avancées de l’enquête journalistique du collectif Forbidden Stories, permet de comprendre l’ampleur du risque que représente l’usage de l’IA dans la sphère politique et géopolitique.
Les “datas”, élément central qui permet de nourrir les intelligences artificielles
La fiche de route discutée entre les Eurodéputés, publiée le 1er décembre 2022, vise à déterminer la relation entre l’Union européenne et les Etats-Unis. Si elle est présentée comme une “coopération sur l’intelligence artificielle” par Euractiv, elle permet aussi de créer un cadre légal visant à protéger les citoyens de l’Union.
Des buts de recherche communs sont distinctement affichés (notamment concernant les catastrophes climatiques), pour autant, le jeu de données qui découle de ces recherches, contenant des données personnelles, ne sera pas partagé. C’est ici un point important, car ce qui fait la force de l'intelligence artificielle états-unienne est son énorme base de données.
Il réside ici le deuxième enjeu majeur de cette feuille de route : établir un cadre législatif qui ferait barrage à la surveillance massive effectuée par les Etats-Unis. Alors que les réseaux sociaux états-uniens et chinois récoltent toujours plus de données, depuis le Règlement général sur la protection des données personnelles datant de 2016, l’Union européenne s’efforce de protéger les données personnelles de ses citoyens. Ce règlement européen a mis en place un cadre juridique qui permet de poursuivre les entreprises du monde entier en justice dans le cas d’une fuite de données. Or, les actions et capacités des Etats-Unis sont bien plus étendues. Cela passe avant tout par les câbles électriques transatlantiques : « 80% du trafic internet réalisé en France transite par les Etats-Unis ».
Ainsi, l’Europe et les Etats-Unis n’apparaissent pas comme des associés qui auraient développé et amélioré leur IA mutuellement. Pour ce pays, l’Europe serait plutôt un territoire sur lequel il peut aller chercher des données de sorte à optimiser sa propre technologie. L’intelligence artificielle, en tant que facteur déterminant de la position dans le système international, engendre la croissance de l’espionnage.
Nous avons vu que l’intelligence artificielle, en pleine expansion, engendre des probabilités d’ingérences étrangères. La puissance de cette dernière repose sur la quantité de données dont elle dispose. Ainsi l’Union européenne et les autres puissances qui ne sont pas meneuses dans la course à l’intelligence artificielle ne peuvent que ralentir cette expansion en limitant l’accès aux données personnelles de leurs citoyens.
Par Rose Lamalle et Louison Villemain.
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’intelligence artificielle, consultez les articles de nos rubriques Culture et Société sur notre blog.
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Cette newsletter a été réalisée grâce à l’aide de l’université Lyon II et de la région Auvergne Rhône-Alpes.
