Dans le cadre de l’Accord Vert Européen et suite à de nombreux mouvements affichant leur mécontentement face aux politiques agricoles et alimentaires européennes, la Commission Européenne lance “De la Ferme à la Fourchette”. Cette stratégie cible le passage à un système alimentaire juste, sain et respectueux de l’environnement. Pour assurer cette transition à l’échelle européenne, en tant que premier État membre bénéficiaire de la Politique Agricole Commune, la France devrait se positionner comme leader de la transition agroécologique européenne. Toutefois, le pays étant accusé d’immobilisme, il revient à prendre en compte les actions entreprises au niveau local.
Quels sont les effets des actions entreprises par la chaire ?
TrALIM travaille sur les axes de recherche de l’éthique, de l’égalité d’accès, des représentations et de la gouvernance alimentaire. La recherche sert à observer et documenter, ce n'est pas son rôle que d’initier des dynamiques locales. Toutefois, nous travaillons avec des associations locales dont le plaidoyer auprès des institutions est renforcé grâce à leur collaboration avec le monde universitaire. Nos actions sont principalement locales, s’étendre au-delà n’est pas notre priorité, nous préférons renforcer notre communauté locale avec les acteurs.trices de la société civile et les élu.e.s. Nous proposons notamment des Modules Transversaux et Innovants de Formation (MOTIFs) aux étudiant.es de master de Lyon 2, peu importe leur filière.
Atteindre une transition inclusive et accessible à toustes est-il réellement possible ?
Bien sûr que c’est possible, si on n’y croit pas, on ne se lève plus le matin. Récemment, nous nous sommes penchés sur la question de la précarité alimentaire étudiante. Il en a été conclu que la transition alimentaire n’est pas qu'une question d’argent, mais concerne aussi une transmission d’informations. On peut ainsi encourager les politiques à soutenir les étudiant.es à travers des financements et des formations. Nous soutenons également l’idée d’une “sécurité sociale alimentaire” qui consiste à copier le modèle de la sécurité sociale médicinale en mettant à disposition des citoyen.nes un panier d’alimentation saine, locale, où le paysan est rémunéré à la hauteur de son travail. Ce type de projet de recherche conforte la possibilité d’une transition alimentaire inclusive, qui n’est pas un mythe.
La transition alimentaire est-elle une question de culture?
Le rapport à l’alimentation est extrêmement varié selon les cultures. C’est par exemple extrêmement difficile de parler de réduction de la consommation de viande dans les pays où l’élevage constitue les revenus principaux de l’agriculture. Dans le cadre de notre projet “AlinOVeg”, nous nous sommes demandé : pourquoi les gens n’aiment pas manger des légumineuses alors que leur teneur en protéines est aussi élevée que celle de la viande ? L’alliance céréales et légumineuses est une base de l’alimentation que certains pays occidentaux ont perdu, alors qu’à l’inverse, le plat national du Brésil, que l’on soit riche ou pauvre, est composé de riz et d’haricots rouges. L’aspect culturel de l’alimentation est aussi marqué par les façons de manger. En France par exemple, nous sommes très attachés à la “commensalité”, la pratique de partager un repas à plusieurs, comme un acte de convivialité.
En tant qu’étudiant.es, quel rôle peut-on jouer pour favoriser la transition alimentaire?
Le fait qu’il y ait de la viande dans notre assiette ne dépend pas seulement de nous, mais surtout des choix de gouvernance alimentaire. Changer seul.e c’est possible mais marginal, et serait grandement facilité s’il y avait une prise de conscience collective. Etudiant.e ou non, il faut s'informer sur l’impact de l’assiette, le processus de production, les intermédiaires. Il faut chercher l’information, même si, de nos jours, elle circule seule. On ne peut pas dire qu’on ne connaît pas les dégâts causés par l’huile de palme. On peut être dans le déni et continuer de manger du Nutella, mais on sait. Que décide-t-on de faire de ce savoir ? Comment décide-t-on individuellement et collectivement de changer les pratiques?
Par Myrtille Praire
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’agriculture, consultez les articles de nos rubriques Relations Internationales et Société sur notre blog.
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