Depuis plusieurs années, les conditions des détenus se dégradent en France (1). La surpopulation, la privation d’activité, le manque d’hygiène : tous les curseurs des centres pénitenciers sont au rouge. Une solution apparaît alors, celle des prisons mixtes que l’Espagne a déjà adoptée.
Manque de places et de moyens, certains centres carcéraux français sont surpeuplés. Face à cela les prisonniers sont contraints de partager des chambres, de dormir par terre ou se voient réduire leur possible présence aux activités. Il est aussi prouvé qu’avec ces dégradations carcérales, l’insertion des prisonniers dans la vie active en sortant sera rendue plus difficile.
Dans le monde on estime que parmi les personnes incarcérées seulement entre 2% et 10% sont des femmes. En France au 1er février 2024, 2380 femmes sont détenues ce qui représente au total 3,4% des prisonniers. Elles sont donc minoritaires et très souvent oubliées. Moins prises en considération du fait de leur infériorité numérique, elles sont donc plus confrontées aux discriminations. Face à ce constat, pour éviter une invisibilisation des femmes prisonnières, certains pays se sont lancés dans un nouveau défi : celui des prisons mixtes. En apparence l’idée semble étonnante et suscite même une certaine crainte. Mais en réalité les prisons mixtes ne seraient-elles pas un outil pour améliorer l’égalité carcérale ?
L’exemple le plus concret et initiateur de ce projet est l’Espagne. Depuis les années 2000 cette possibilité germe dans la tête de certaines autorités carcérales. A partir de 2023, le projet est lancé : certains centres proposent d’accueillir femmes et hommes au même niveau.
Cependant ce pari fou ne se fait pas sans certaines conditions : l’accès n’est pas possible à tous les prisonniers. Ceux jugés pour des crimes ou violences sexuelles ne peuvent pas participer à ce projet. Les quartiers mixtes permettent de rassembler les moyens tant pour les hommes que pour les femmes minoritaires. Cette mise en commun ne se fait pas toujours géographiquement, les chambres restent séparées pour des questions évidentes de sécurité, mais les détenus peuvent partager leur repas ou participer à des activités communes.
Ces activités en commun permettent de favoriser la cohabitation entre les deux genres en vue d’une meilleure réinsertion. C’est le cas de la prison Teixeiro non loin de la Corogne en Galice. De nombreux prisonniers expliquent que cette mixité leur a appris à mieux vivre ensemble et à oublier certains préjugés. Accepter de vivre avec le genre opposé n’est pas toujours simple pour tous les détenus mais tous ont été sélectionnés et en perçoivent des aspects très positifs et bénéfiques.
La France semble plus craintive à cette idée-là. La mise en place demande plus de temps et de vérifications. Le projet semble plus compliqué à appliquer. Or, dans certaines prisons la mixité est déjà présente pas forcément dans des quartiers mixtes mais au sein des activités proposées. C’est le cas de la maison d'arrêt de Gradignan qui permet à des détenus hommes et femmes de travailler côte à côte en atelier. Certains prisonniers expliquent que cette initiative est importante car à leur sortie ils seront amenés à devoir repartager leur quotidien avec d’autres personnes pouvant être différentes d’eux. Pour certaines prisonnières, c’est une véritable avancée car cela leur permet au même titre que les hommes de pouvoir travailler. Cela réduirait leur chance de récidive à la sortie et permettrait une bonne réinsertion. Un projet qui reste à la marge mais prometteur.
De nombreux pays en Europe sont prêts à proposer des quartiers mixtes. C’est le cas notamment de la Suisse avec des sections mixtes ou des régimes semi-ouverts. L’Allemagne approuve une mixité partielle dans les espaces communs et dans certaines activités. L’hébergement quant à lui reste généralement séparé. En Suède, il existe des prisons officiellement mixtes pour une logique de normalisation et de réinsertion. En Norvège, les prisons sont très connues pour leur mixité, engendrant une certaine confiance et responsabilisation des individus: c’est le cas de la prison ouverte de Bastoy.
Par Maïssane Bertrand-Bouchet
(1) : https://oip.org/analyse/durcissement-securitaire-la-sante-en-danger/
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à la prison, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.
Suivez MINERVIEWS