Warming stripes - Ouest France
Le 13 septembre 2021, la Banque Mondiale publiait un rapport dans lequel « le changement climatique constitue un facteur de migration de plus en plus puissant qui pourrait contraindre, d’ici à 2050, quelque 216 millions de personnes dans le monde (…) à migrer à l’intérieur de leur pays ». Le changement climatique fera augmenter le nombre de catastrophes naturelles ainsi que leur intensité, conduisant au déplacement des populations. Mais ces déplacements ont déjà lieu. Comme le rappelait l’association Greenpeace en 2017, les déplacements liés aux catastrophes se font principalement à l’intérieur du pays.
Chaque année l’International displacement monitoring centre publie un rapport mondial sur les déplacements internes. Dans le rapport de 2021, la deuxième partie traitait exclusivement du rapport entre déplacements internes et changement climatique. Depuis 15 ans, les catastrophes naturelles ont provoqué plus de déplacements internes que les conflits ou la violence. Dans un rapport de 2020 commandé par le Parlement européen, permettant d’étudier les réponses juridiques au problème, une recommandation est claire : les politiques de l’Union européenne doivent être renforcées en matière de changement climatique.
De plus, les « réfugiés climatiques » sont aussi européens. Il y a trois ans, Euronews sortait une enquête relatant le sort des habitants de six régions d’Europe touchées par une catastrophe naturelle. Ces catastrophes n’épargnent personne. Outre cela, les régions déjà pauvres avant la catastrophe subissent encore plus les conséquences. Les ressources financières et le traumatisme psychologique sont un frein à la reconstruction. Le rapport de l’IDMC sépare les catastrophes en deux catégories : les catastrophes géophysiques et les catastrophes en lien avec les conditions météorologiques. Ces dernières, qui peuvent survenir n’importe où, comprennent les tempêtes, les inondations, les incendies, les glissements de terrain, les températures extrêmes ou les sécheresses. Certains scientifiques estiment que toutes ces catastrophes, plus intenses et fréquentes, sont liées au changement climatique.
Le climatologue Vladimir Durdevic explique que « cette situation concernant les inondations est liée au changement climatique car il est à l’origine des changements dans la circulation et les déplacements des cyclones dans le monde ». Tout est interconnecté. Dans le rapport pour le Parlement européen il est précisé qu’ « il existe des preuves manifestes que les dangers environnementaux augmentent en raison du changement climatique ». La glaciologue Heïdi Sevestre, interviewée dans un documentaire (Pourquoi on se bat, 2023) produit par des activistes climatiques français, alerte sur les problèmes qui surviendront avec la fonte des glaces : ces zones blanches servent à réfléchir les rayons du soleil et donc refroidir l’atmosphère ; elle entraîne la hausse du niveau de la mer, et une fois que tout aura fondu, il y aura de moins en moins d’eau disponible.
Le vice-président de la Banque mondiale pour le développement durable, Juergen Voegele, indique que « si les pays commencent maintenant à réduire les gaz à effet de serre […] la migration climatique pourrait être réduite d’environ 80% ». Or chaque pays n’est pas touché par le réchauffement climatique à la même échelle. Les pays qui polluent le plus ne sont pas forcément les plus impactés. Le Bangladesh, par exemple, risque de perdre un tiers de son territoire d’ici à 2050, alors qu’il ne se place qu’à la 147e position sur 184 dans le classement des pays par émissions de CO2. Il doit alors relever de la responsabilité des États développés, dont le PIB et les émissions de CO2 ne cessent d’augmenter, d’agir pour tenter de limiter les dégâts futurs et mettre en place des politiques migratoires à la hauteur du problème.
Par Louna Pinchinot
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux migrations, consultez les articles de nos rubriques Relations Internationales et Culture sur notre blog.
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