Le monde du vin, un domaine sexiste et loin de la modernité
Isabelle Perraud, vigneronne et créatrice de l’association féministe Paye Ton Pinard, nous a fait part au cours d’une interview, de la domination masculine au sein de son milieu professionnel. Y trouver sa place en tant que femme était déjà un premier obstacle comme elle nous l’évoque : « j’ai dû prouver deux fois plus que j’étais légitime ».
Mais l’emprise masculine sur le monde du vin ne s’arrête pas là : nombreuses sont les femmes à avoir été agressées sexuellement. Les affaires Marc Sibard et Sébastien Riffault ne sont que deux exemples parmi d’autres. I. Perraud, a par ailleurs été attaquée pour diffamation par M. Riffault après avoir relayé le témoignage d’une victime et soutenu le travail d’investigation de Maya Tekeli, journaliste danoise. Comme elle a pu nous l’affirmer durant l’échange : « Si l’on dérange, c’est qu’on a fait comme il fallait ».
Les moyens mis en œuvre pour un milieu viticole plus respectueux du droit des femmes
Se battre pour que son milieu respecte mieux les femmes est le mot d’ordre de la vigneronne I. Perraud. La création de son compte Instagram Paye Ton Pinard signait le début de son engagement. Elle a très vite pu gagner en visibilité grâce aux réseaux sociaux et, comme elle le souligne, « pour nous c’est une force, parce que l’on a que ça ». Par la suite, sa reconnaissance n’a fait que grandir et de nombreux moyens s’offrent désormais à elle pour porter son message.
Le 6 et 7 février 2023 se tenait le Salon des Vins de Loire où I. Perraud a pu se rendre, non seulement afin de mettre en avant son travail de vigneronne, mais aussi d’activiste engagée. Sur place, elle a eu l’occasion de rencontrer beaucoup de collègues intéressé.e.s par son combat, qui ont alors adopté ses affiches pour faire la publicité de l’association. Par ailleurs, I. Perraud a pour projet de créer une charte pour “exclure” des salons les personnes ayant eu des comportements inappropriés. Toutefois, ce projet ambitieux risque de se heurter à l’avis de quelques hommes réticents visés par le propos.
Enfin, la créatrice de l’association souhaiterait attaquer le problème à la racine, en menant des actions de sensibilisation auprès des élèves de lycées viticoles. En effet, c’est à l’école que l’on apprend encore bon nombre de normes et que notre socialisation se poursuit. Ce type d’actions pourrait, dans un avenir proche, faire changer les mentalités du monde du vin ; du moins, c’est le but escompté.
Vers une évolution positive : une association qui fédère et l’importance de la sororité
S’il y a bien une évolution positive depuis le début de son engagement, il s’agit de la conscientisation d’une sororité dans le mouvement. « On a souvent fait comprendre aux femmes qu’ensemble ça ne fonctionnerait pas, qu’il fallait toujours un homme […] pour tempérer tout ça, alors que ce n’est pas vrai ». Et en effet, suite à son attaque en diffamation, Isabelle Perraud souligne que les femmes n’hésitent pas à se soutenir entre elles. Les hommes, eux, ont peur, se mettent en retrait. Plus que cela, Isabelle Perraud déplore même une fédération des hommes face à un mouvement qui menace leur business. Néanmoins, sa présence et celle de son association permettent de limiter les comportements abusifs : « Quand ils savent qu’on est là, ils se tiennent à carreaux ». Paye ton Pinard existe, rassemble et intimide.
Et l’Europe dans tout ça ?
Elle fait l’impasse. Il n’existe aucune protection juridique en matière des droits des femmes dans le monde du vin. « On part du principe que les femmes sont arrivées à ce qu’elles voulaient. » dit-elle. Cette absence de considération de la part des grandes institutions de l’Europe se mêle à un manque d’associations partenaires. Bien que les femmes se soutiennent par-delà les frontières, et ce notamment pour l’affaire Sébastien Riffault, il n’existe pas, à sa connaissance, de mouvements similaires dans le reste de l’Europe. Dans le monde de la restauration, cependant, Maria Canabal a fondé l’association « Parabere forum », un réseau mondial très important qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles et pour les droits de la femme au sein de ce milieu. « Elles sont un soutien pour Paye ton Pinard, je peux l’appeler n’importe quand, elle est là si j’ai besoin d’aide. […] C’est vraiment de la sororité à l’état pur. ».
Alors si l’Unesco reconnait le vin comme faisant partie de son patrimoine mondial, pourquoi ne pas agir quant au sexisme dans ce milieu ? En charge de l’éducation, la science et la culture, l’Unesco a une multitude de cartes en main pour tenter d’éradiquer le sexisme structurel. Pour autant, la question dans le monde viticole est totalement laissée à l’abandon. Entre lacunes juridiques et fédération d'hommes trop conscients de leur business, Isabelle Perraud et Paye ton pinard en viennent à la même conclusion : les femmes se serrent les coudes face à un monde du vin qui ne reflète, au final, que le reste de notre société.
Par Axelle Béclair et Pauline Royer.
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux droits des femmes, consultez les autres articles de nos rubriques Société, Culture et Relations Internationales sur notre blog.
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Cette Newsletter a été réalisé grâce à l’aide de l’université Lyon II et de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
