DÉFAITE D’ORBAN EN HONGRIE : LA QUESTION DU RAPPORT À L’EUROPE EN SUSPENS

L’élection du 12 avril 2026 marque la fin du règne de Viktor Orban, premier ministre de la Hongrie. Ces 16 dernières années, les relations entre la Hongrie et l’UE se sont durcies sur fond d’influences étrangères et de fonds européens bloqués. La victoire de Peter Magyar, ex-proche d’Orban, ne laisse entrevoir qu’un rapprochement lucide avec l'UE.

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3 min ⋅ 01/05/2026

L’adversaire de l’illibéral Viktor Orban, chef du gouvernement hongrois indétrônable depuis 2010, Peter Magyar a raflé la mise à la dernière élection législative d’avril dernier. Avec 53,6 % pour son parti « Tisza », formation politique de droite, le nouvel homme fort de la Hongrie devance nettement le « Fidesz », le parti politique de son ancien mentor Orban, battu à plate couture puisqu’il recueille 37,9 % des suffrages des hongrois. Mais l’arrimage d’une Hongrie conservatrice et peu convaincue par l’intégration européenne à l’UE ne semble pas aussi claire que la victoire nette de celui qui devrait être désigné Premier ministre le 9 ou 10 mai prochain, après une première séance du nouveau Parlement hongrois convoqué par le Président Tamas Sulyok, un fidèle d’Orban. 

« Le cœur de l’Europe bat un peu plus vite en Hongrie »

Emmanuel Macron n’a pourtant pas attendu la prise de fonction de Peter Magyar pour saluer, dès le soir de son élection, « une victoire […] de l’attachement du peuple hongrois aux valeurs de l’Union européenne et pour la Hongrie en Europe ». Le Président français a marché dans les pas d’Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, ayant écrit plus tôt que « le cœur de l’Europe bat un peu plus vite en Hongrie ».
Le candidat Peter Magyar a pourtant mis au second plan la question des liens avec l’UE, et de ceux avec les droits des personnes immigrées et LGBT dans son pays, pour ne pas brusquer un électorat eurosceptique et conservateur. Pari gagnant dans les urnes car le quadragénaire au caractère réputé autoritaire a réussi à conquérir des suffrages d’électeurs ruraux acquis par la politique de Viktor Orban, ce qui ne garantit pas le retour de la Hongrie dans le giron européen.

Ingérence étrangère

Le blocage par la Hongrie d’Orban d’un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine est dans toutes les têtes. Outil de chantage du Premier ministre sortant en vue d’un allégement des sanctions qui privent la Hongrie de ses subventions européennes, l’aide à l’Ukraine pourrait continuer de faire partie de la balance du bras de fer qui a opposé ces derniers mois la Commission européenne au gouvernement. Peter Magyar pourrait se montrer réticent et âpre dans les négociations pour accorder ce prêt à son voisin ukrainien, tant l’opinion hongroise est frileuse dans le soutien financier et militaire apporté au pays en guerre depuis février 2022. Le blocage des politiques européennes constitue en outre une véritable source de pouvoir et d’influence pour le pays aux près de 10 millions d’habitants au sein des institutions de l’UE.
La défaite d’Orban marque toutefois une rupture avec le système de corruption mis en place au sein de l’appareil étatique hongrois et des liens forts avec les États-Unis, la Chine et surtout la Russie. Le dernier scandale en date révélé concerne l'envoi de document de travail interne et confidentiel de l'UE par le bon petit télégraphiste Orban. L’élection tourne la page de ces ingérences et permet à la Hongrie de se réancrer en Europe, même si la dépendance massive au gaz et pétrole russe ne peut être défaite à court terme car la Hongrie continue d’importer 78 % de son gaz et de 86 % de pétrole de la Russie.

Par Antonin Verdot


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’Euroscepticisme, consultez les articles de nos rubriques Culture et Société sur notre blog.

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