LA REPRÉSENTATION DES CORPS NON-BLANCS DANS L’ESPACE MÉDIATIQUE EUROPÉEN

La présence de corps non-blancs et leurs représentations dans nos espaces publics reflètent les tensions identitaires et racistes qui traversent l'Europe. Si le concept de « racisé » désigne ce que la société fait subir à certains corps en les marquant d’une altérité radicale(1), sa traduction varie selon les contextes historiques et géopolitiques.

MINERVIEWS
3 min ⋅ 01/01/2026

Europe Occidentale : Entre invisibilité et hypervisibilité  stéréotypée

En Europe occidentale, la présence des corps dits « racisés » est indissociable de l’histoire coloniale. Ainsi, la lutte de la visibilité des non-blancs porte sur l’enjeu de la représentativité : passer de l'ombre à la lumière, de la figuration aux rôles de décision en tant qu’acteurs phares. 

En France, la question de la diversité est au cœur du débat public, mais les chiffres révèlent une stagnation persistante depuis plus de dix ans. Selon les rapports de l'Arcom (ex-CSA), malgré une légère progression entre 2013 et 2023, les personnes perçues comme « non-blanches » restent sous-représentées par rapport à leur poids réel dans la société. Constituant près d’un quart de la population française, seulement 15 % de cette dite « minorité » est représentée à la télévision. 

mikaala-shackelford | Unsplash

Dans cette brèche sociale de la représentation s'insère le piège des stéréotypes : La Revue des Médias (INA), interroge la sociologue Marie-France Malonga, qui affirme que la présence des personnes non-blanches visibles à la télévision est souvent cantonnée à des rôles spécifiques, associés à des contextes de précarité, de délinquance ou à l’inverse, à des rôles de « bons élèves » de l'intégration (sportifs, artistes). Aussi, la télévision « mate » ou domestique les corps non-blancs : ils sont acceptés tant qu'ils se conforment aux attentes de la majorité, mais deviennent l'objet d'une hostilité médiatique dès qu'ils revendiquent une identité propre ou une autonomie politique fondée par « l’hégémonie de la blanchité »

Europe de l’Est : La non-représentation ou l'image négative des personnes non-blanches

Dans des pays de l’Est, l'absence de passé colonial direct - au sens ultra-marin - couplée à une histoire marquée par l'occupation soviétique, ont favorisé un récit national axé sur l'homogénéité ethnique.

Or, la crise migratoire de 2015 et 2016 a marqué un tournant en Pologne en politisant pour la première fois cette question. Ajoutons à cela les crises à la frontière biélorusse en 2021 ayant fait naître des discours dégradants sur les migrants extra-européens. Ces derniers sont appelés délibérément « migrants », représentés dans le discours audiovisuel, comme une masse indistincte associée à l’insécurité et à la menace, tandis que le terme « réfugié » est attribué aux ukrainiens - blancs - recevant une représentation positive et empathique. Cette opposition sert à « hiérarchiser les groupes venant de l’étranger », selon ce que le discours officiel considère comme culturellement ou politiquement proche de la Pologne. 

C’est ainsi qu’une absence de données sur la représentation des personnes non blanches dans la majorité des médias polonais et de l’Europe de l’Est en général, révèle que la diversité raciale n’y est pas pensée comme une composante de la nation, mais comme une altérité profonde, communément associée à un flux migratoire hostile, jugé non pertinente à mesurer et encore moins à montrer sous un angle plus positif.

Parallèlement, les médias de divertissement  jouent un rôle crucial dans la perception des différences ethniques, mais l’absence de modèles positifs pour les jeunes issus des minorités renforce le sentiment d'exclusion. En Europe, la pression des plateformes de streaming, comme Netflix ou Disney+, pousse vers plus de diversité, créant parfois un choc culturel avec les chaînes nationales plus conservatrices, et encore davantage avec les pays d'Europe centrale où ces représentations sont parfois perçues comme une « idéologie occidentale » importée. 

La représentation à juste valeur des personnes non blanches en Europe est encore inachevée : en Europe occidentale, on tente de passer lentement des stéréotypes à une reconnaissance médiatique plus citoyenne, tandis qu’en Europe centrale et orientale, les médias restent attachés à une vision uniforme de l’identité nationale. Dans les deux cas, le corps non blanc, ettiqueté plus généralement par le terme de « racisé » , reste un enjeu de pouvoir politique. Ainsi, la représentation ne s’arrête pas à l’écran, elle s'inscrit dans la lutte contre les discriminations raciales qui jonchent la société occidentale. 

(1) https://histoirescrepues.fr/racise-e-ce-que-la-societe-fait-de-nos-corps/

Par Farah El Bahoua


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au corps, consultez les articles de nos rubriques Culture et Relations internationales sur notre blog.

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