ET SI LE VRAI DOPAGE, C’ÉTAIT LE CULTE DU CORPS PARFAIT EN EUROPE ?

Depuis plusieurs années, les addictions sont de nouveau mises sur le devant de la scène mondiale : alcool, tabac, drogue, écran ou sucre. Une quête pour devenir la meilleure version de soi-même se joue, dans laquelle le sport contribue largement puisque l’activité physique est bonne pour la santé. Mais, cela peut aussi entraîner des dérives.

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3 min ⋅ 01/01/2026

L’Europe vit une mutation dans sa relation au corps. Avec le XXème siècle, arrive aussi la montée du self-optimization, la recherche constante du corps parfait au travers des glow up ou de cette volonté de « devenir la meilleure version de soi-même ». Depuis 2011, l’OMS reconnaît la bigorexie comme un trouble psychique désignant une conduite addictive liée à la pratique sportive

Les livres de développement personnel, les réseaux sociaux, tout nous y pousse. Des applications mobiles comme Strava qui traque les courses à pied des utilisateurs qui les publient en ligne, commentent et donnent des kudos*. Les compétitions sportives comme l’Hyrox qui réunit des milliers de personnes en Europe et dans le monde entier. Les films et les séries comme Olympo où ils glorifient la souffrance, le dépassement des limites, les sacrifices et influencent les jeunes pratiquants à se dépasser toujours plus. 

La menace qui plane autour du sport

Les Jeux Olympiques ont aussi poussé de nombreuses personnes à la pratique sportive. Les raisons sont nombreuses mais le résultat est identique : le sport peut devenir une addiction. En parallèle, le dopage pour les amateurs est de plus en plus prépondérant et les comportements toujours plus extrêmes.

 L’activité physique sportive libère différentes hormones qui poussent à l’addition : les endorphines, la dopamine, une sensation de contrôle et de validation sociale. Ces conséquences poussent donc à continuer, à une volonté d’optimisation. Mais cette frontière entre optimisation et dopage est floue. Il existe de nombreuses pratiques légales tel que les compléments alimentaires, l’optimisation du sommeil, les substances comme la whey, les pré-workout, les boosters, etc. Mais les pratiques illicites existent, elles aussi, depuis de nombreuses années.

Tous les pays européens sont soumis au Code mondial de lutte antidopage. En France la pratique sportive pour la santé est poussée dès le plus jeune âge, mais tout en maintenant un cadre strict. L’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) encadre les sportifs et, depuis 2025, intègre aussi la santé mentale des sportifs parmi ses priorités.

Certains pays, comme le Royaume-Uni, se distinguent par des programmes antidopage structurés. Le Conseil de l'Europe et UK Anti-Doping (UKAD) ont lancé de nouveaux tableaux de bord dynamiques du questionnaire antidopage. Même si l’usage détourné de compléments et stimulants est un sujet préoccupant, la culture du sport reste très ancrée et les sportifs professionnels très encadrés. Les addictions sont donc plus liées au sport qu’aux substances dopantes.

À nouveau, le dopage amateur est souvent invisible, comme la continuité logique de cette culture de la performance et du corps parfait. Ainsi, il explose, et l’absence de contrôle rend ce phénomène largement sous-estimé. Les corps dit « natty » sont parfois dopés et banalisés dans les milieux amateurs. 

A contrario, de nombreux scandales éclatent au sein des athlètes professionnels. En 2010, l’Espagne marque les débats sur la lutte antidopage et sur sa volonté de transparence, même si les preuves ont par la suite été annulées. L’operación Galgo menée par la Guardia Civil a engendré de nombreuses arrestations et saisies sur plusieurs athlètes et entraîneurs dans un présumé réseau de dopage. 

En 2019, l’Allemagne et l’Autriche sont aussi au cœur de scandales avec l’opération Aderlass, un réseau sophistiqué de dopage sanguin impliquant de nombreux athlètes et dirigé par le docteur Schmidt. Cette affaire fortement médiatisée entraîne des scandales alimentés par les débats publics. De nombreux questionnements surgissent concernant les limites du contrôle antidopage malgré des années d’efforts de régulation révélant cette culture de la performance bien ancrée. 

En Europe, la culture du sport et la quête du corps parfait sont des idées omniprésentes. Pour cause, le sport est essentiel pour la santé. Plus de 200 études ont démontré un bénéfice significatif de l'exercice physique dans le traitement de la dépression. Les personnes ayant une activité physique insuffisante présentent un risque de décès supérieur de 20 % à 30 % à celles qui sont suffisamment actives. Les preuves sont nombreuses mais, le sport a ses limites et doit agir au bénéfice de la santé. L’activité physique sportive ne peut être assimilée à une volonté de performance individualisée extrême. 

Or, de nos jours, le corps n’est plus seulement un outil de santé : il est devenu un terrain de dépassement, d’addiction et de contrôle social. Entre endorphines, dopage et obsession du dépassement, notre quête du corps parfait pourrait bien nous transformer en prisonniers de nous-mêmes. 

*En anglais, kudos se réfère à la reconnaissance ou à l'éloge accordé pour un accomplissement remarquable.

Par Noémie Fraschilla


Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au corps, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.

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