Bien que les décisions au sein de l’UE soient officiellement prises par des parlementaires, elles sont influencées par de nombreux groupes, nommés lobbies.
Les lobbies peuvent prendre aussi bien la forme de fédérations d’entreprises, que de cabinets de consultants, d’organisations non gouvernementales (ONG), ou encore des « think tanks ». Ils sont entendus comme des « structures dont se dote une communauté aux intérêts ou convictions semblables pour influencer les pouvoirs publics à son avantage, notamment par des campagnes d'opinion ».
Ces groupes de pression sont souvent vus péjorativement : servant leurs propres intérêts, souvent financiers, ils semblent oublier les intérêts des citoyens, leur défense étant pourtant la principale mission des parlementaires. Alors que la majorité des citoyens méconnaît la collaboration entre les parlementaires et ces groupes, les observateurs les plus avertis s'inquiètent de leurs agissements.
Les lobbies et les députés collaborent et cela bénéficie aux deux parties, mais également aux tiers : les citoyens. En effet, les lobbies, bien qu’ils privilégient leurs intérêts, bénéficient d’une expertise sectorielle. Nécessaire pour remplir les objectifs des décisions législatives, les parlementaires ne peuvent se passer de ces compétences. Associées à des études auprès de la population, elles permettent de comprendre les besoins généraux, et de parfaire les décisions législatives.
Ces normes orientent le comportement des membres du groupe de pression, qui ne sont alors pas neutres dans leurs discussions avec les décideurs. Par ailleurs, les parlementaires ne sont pas naïfs, et sont conscients qu’ils ne doivent pas suivre aveuglément les groupes de pression.
Ces influences, connues des décideurs, s’observent à l’échelle mondiale, avec des positions plus ou moins influentes. Certains d’entre eux peuvent être mal intentionnés, bafouant la démocratie : ils usent de la corruption. Avec des pots-de-vins, ils influencent activement les personnes décisionnaires afin de servir leurs propres intérêts, au détriment de ceux des citoyens. Le Scandale du Qatargate a été la plus grosse affaire de corruption impliquant des députés du parlement européen. Ces députés ont été payés afin d’influencer les décisions dans le but principal de redorer l’image du Qatar avant la coupe du monde de football de 2022, ainsi que celle du Maroc. Les lobbies participant à cette corruption étaient en réalité des ONG créées pour masquer les virements d’argent entre les différents acteurs, notamment Fight Impunity. Dimítrios Papadimoúlis, vice-président du Parlement, a affirmé que « ce qui a été révélé n'est que la partie émergée de l'iceberg », sous-entendant qu’il existe encore des secrets bien cachés quant à la finalité réelle des décisions adoptées par les décideurs.
Ce scandale a bouleversé les institutions européennes qui ont dû réagir plus activement dans l’objectif d'accroître la transparence des actions des députés avec les lobbies. L’inscription des groupes de pression au registre de transparence, bien que volontaire, est rendue obligatoire pour avoir un contact avec les députés européens, ou simplement accéder au Parlement européen et à ses commissions situées à Bruxelles. Cette transparence est indispensable en vue de réduire les secrets des parlementaires avec les lobbies, et de les exposer aux citoyens pour continuer à servir l’intérêt général.
La création de certaines ONG peut être la conséquence du phénomène de l’astroturfing. Cette pratique permet aux entreprises de créer une ONG dans le but de simuler une mobilisation citoyenne sur des intérêts favorables à leurs activités. En demandant d’exposer leurs plus importants donateurs, les institutions européennes tentent de se protéger de ces manœuvres déloyales dissimulées.
Les lobbies fournissent une expertise indispensable aux décideurs, mais leur manque de neutralité est problématique. Les dérives de certains groupes de pression agissant contre le bien commun finissent par entacher la crédibilité et l’utilité réelle de ces acteurs.
Par Camille Bernard
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au secret, consultez les articles de nos rubriques culture et société sur notre blog.
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