Le 24 février 2022, l’offensive militaire russe commence en Ukraine. De nombreux citoyens russes fuient leur pays, notamment en réponse à la mobilisation partielle ordonnée par le président de la fédération de Russie, Vladimir Poutine en septembre 2022, risquant par cet acte de désertion jusqu’à 10 années de prison. D’autres y trouvent aussi le moyen d’exprimer leur désaccord avec les politiques établies. Face à ces situations, M. Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne, annonce dans un communiqué de presse publié sur le site de la Commission européenne « L'application d'un niveau de contrôle accru lors de la délivrance des visas et le renforcement des vérifications aux frontières seront les garants de notre propre protection et de notre unité ». Ainsi, les migrants russes représentent une « potentielle menace sécuritaire ». Ces derniers se voient rejetés d’États comme la Pologne, où le visa Schengen leur est refusé, ou la Finlande, dont les frontières ont été fermées à l’aide d’une clôture longue de 200 kilomètres. Pour ne pas parler d’exclusion, nous pouvons dire que les migrants russes ne bénéficient pas du même accueil que les déplacés ukrainiens, étant pourtant la conséquence de la même guerre.
Le témoignage d’une étudiante de l'Université Lyon 2 qui a accepté de témoigner sous le couvert de l’anonymat, et qui a réalisé un stage de 6 mois en 2022 au sein du service de gestion des crises d’une préfecture française, nous en apprend plus sur la manière concrète dont se manifeste cette distinction. Tout d'abord, elle nous apprend qu'il existe deux terminologies distinctes pour qualifiés les personnes qui fuient le conflit selon leur nationalité. Ainsi, les Ukrainiens sont considérés comme des « déplacés ukrainiens » alors que les Russes sont qualifiés de « demandeurs d’asile ». Cela est dû au fait qu’un statut juridique, dont ne bénéficient pas les Russes, a été spécialement créé pour les Ukrainiens. En effet, ces derniers accèdent à leur arrivée à une attestation de séjour valable 6 mois et renouvelable 3 ans, délivrée uniquement sur présentation de justificatifs de nationalité ukrainienne. Celle-ci leur permet de recevoir des aides citoyennes et financières, pour le logement, l’éducation, la santé et l’alimentation. Il est important de rappeler que l’aide mise en place pour les Ukrainiens était nécessaire, simplement, le fait que rien ne soit mis en place pour les arrivées de Russes peut amener à s’interroger. Concrètement, au sein des préfectures françaises, aucune directive particulière n’existait pour l’accueil des arrivants russes. Selon le ressenti de l’étudiante, les Russes étaient en quelque sorte « rendus invisibles de manière volontaire ». Elle nous confie : « c’est comme si, on les avait, mais cela nous embêtait de les voir, donc on ne préférait pas les traiter ». D’après cette dernière, nous pouvons trouver au moins deux explications. Premièrement, les gouvernements ont été pris de court par cette arrivée massive de migrants, il y a donc eu un problème de gestion quand la guerre a éclaté, et le gouvernement français n’a pas développé le statut des réfugiés russes à ce moment-là. La raison la plus pertinente paraît tout de même être celle de la politique, la France s’étant engagée auprès de l’Ukraine dans ce conflit.
Au-delà des dimensions juridiques, c’est l’humain qui entre en jeu. Une jeune femme russe, étudiante à l’Université Lumière Lyon 2, nous a raconté son expérience. Depuis le début de la guerre, elle n’a pas pu retourner dans son pays auprès de sa famille, pour des raisons législatives. Et son vécu en France, en tant que Russe, n’est pas toujours agréable. Elle subit un comportement que nous pourrions qualifier de « russophobie », et nous décrit : « chaque fois que je dis que je viens de Russie, la prochaine question est généralement politique ». Il lui a même été conseillé par des professeurs français de ne pas parler de sa nationalité, pour sa propre sécurité. Être Russe en France pendant la période actuelle, selon l’étudiante, est souvent synonyme d’être ramené au statut d’agresseur du pays, ce qui est assez contradictoire lorsqu’on sait qu’il est difficile pour eux de faire entendre leur opposition aux décisions de leur nation, en raison de la censure et de la propagande qui y règnent. Elle dit : « Il est compliqué de continuer à penser positivement. » L’incertitude de l’avenir et les difficultés qu’elle rencontre actuellement fragilisent son espoir pour le futur.
Cette crise, qui impacte l’Europe entière, si ce n’est le monde, trouve ses racines dans le conflit armé entre deux nations ennemies. C’est dans ces conditions que l’Europe doit se positionner sur le statut des victimes de cette guerre. Doivent elles toujours être considérées dans une perspective d’agresseurs et victimes ou comme des êtres humains fuyant une guerre ?
Par Sarah Denise et Louna Pinchinot
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Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au un an de la guerre en Ukraine, consultez les articles de nos rubriques Culture et Société sur notre blog.
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