Ces dernières années, la protection des sources journalistiques s’est érodée partout dans le monde. Des pratiques répressives fragilisent la liberté de la presse et exposent les journalistes à toujours plus de risques.
En mai 2025, l’ONG Reporters sans frontières tirait la sonnette d’alarme : le recul des droits journalistiques se généralise aux quatre coins du globe. Avec ses nombreux textes fondateurs, dont la loi sur la liberté de presse de 1881 encore en vigueur de nos jours, la France ne fait pas exception. Elle perd 4 places et prend la 25e position. Dans son classement, l’association prend en compte, entre autres, l’indicateur législatif qui mesure « l’environnement légal et réglementaire dans lequel travaillent les journalistes ». Ce qui importe pour un journalisme ambitieux et durable, c’est notamment la garantie du secret des sources journalistiques.
L’indicateur législatif du classement sur la liberté de la presse, en 2025, évalue des résultats allant de 8,35 pour le pire des cas, l’Erythrée, jusqu’à 91,96 pour la Norvège | ©Reporters sans frontières
Véritable levier pour la liberté d’expression, la Convention européenne des droits de l’homme dispose à son article 10 que ce « droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques ».
Malgré un pilier journalistique notifié et fondé, les attaques contre la liberté d’expression ne cessent de se multiplier autant dans des pays à politiques répressives que dans des démocraties. En 2022, une affaire a révélé que plusieurs pays européens avaient usé d’un logiciel espion Pegasus, pour espionner illégalement des journalistes d’investigation. La Hongrie, la Grèce, la Pologne : tous ces gouvernements et leurs services secrets sont concernés. Dévoilée par un consortium de médias internationaux, l’enquête, publiée sur Forbidden Stories, estime à près de 200 journalistes dans le monde suivis et écoutés illégalement, compromettant ainsi leurs photos, leurs messages et leurs mots de passe. Rien n’est caché, le logiciel espion a accès à tout. La protection des sources n’est plus un enjeu, elle est simplement balayée d’un revers de la main pour tous ces journalistes. Ce projet massif et multinational affaiblit considérablement l’état de la liberté de la presse et, a fortiori, l’Etat de droit de nombreuses démocraties.
Autre cas en France : la journaliste Ariane Lavrilleux travaillant pour Disclose a été placée en garde à vue en septembre 2023, interrogée pendant 39 heures, et a vu son domicile perquisitionné. Cette procédure s’inscrivait dans une enquête judiciaire visant à identifier les sources d’une investigation publiée en 2021 sur l’« opération Sirli », une mission secrète de renseignement français en Égypte, liée à des ventes d’armes et à des exécutions de civils.
Sur le plan juridique, l’article 2 alinéa 3 de la loi du 29 juillet 1881 garantit normalement le secret des sources, mais prévoit une exception lorsqu’un « impératif prépondérant d’intérêt public » le justifie. Cette notion est souvent jugée extrêmement vague par les ONG et les syndicats de journalistes et permet même, selon eux, des abus de procédure. « Si on ne protège pas les sources, c’est la fin du journalisme », a dénoncé Ariane Lavrilleux à la sortie de sa garde à vue.
Les affaires se succèdent et se ressemblent. Des journalistes sont convoqués, interrogés ou poursuivis non pour des faits établis mais afin de les contraindre à révéler leurs sources. En Malaisie, en août 2024, trois journalistes du média indépendant Malaysiakini ont été interrogés par la police pour identifier leurs sources anonymes, ce qu’ils ont refusé de faire.
Au Pérou enfin, le journaliste d’investigation Gustavo Gorriti, figure majeure de la lutte contre la corruption, fait l’objet d’une enquête pénale. En exigeant l’accès à ses communications téléphoniques, le parquet cherche de facto à lever le secret de ses sources.
Tout ceci montre combien une législation faible ou floue vulnérabilise les journalistes, victimes parfois collatérales de leur profession.
Or, en décembre 2025 aux Comores, la mobilisation du Syndicat des journalistes comoriens a permis de bloquer l’adoption d’une loi menaçant la confidentialité des sources. Un rappel que, certes les droits ne sont jamais acquis, mais que l’on peut se battre pour les obtenir et les défendre.
Par Méline Vert
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré au secret, consultez les articles de nos rubriques culture et société sur notre blog.
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