Longtemps associé aux marges, le tatouage recouvre aujourd’hui la peau européenne avec aisance. En quelques décennies, il est passé du stigmate social à l’expression personnelle puis de l’expression personnelle à un objet esthétique. Mais si le tatouage est partout, dit-il encore quelque chose ?
L’histoire du tatouage sur le continent est beaucoup plus ancienne qu’on le pense. Ötzi, dans les Alpes italiennes, le portait déjà il y a 5 300 ans. Et c'est ce qu'on retrouve plus tard chez des peuples européens comme les Celtes ou certains groupes germaniques. C'est l’Europe chrétienne qui l’efface progressivement sur plusieurs siècles. Jugées païennes, obscènes ou juste incompatibles avec l’idéal du corps discipliné ou tel que donné par Dieu, le tatouage disparaît du paysage culturel officiel.
À la fin du XVIIIᵉ siècle, il réapparaît en Europe grâce aux marins britanniques, français, espagnols, néerlandais et portugais revenus du Pacifique Sud, tatoués, fascinés voire transformés. Le mot « tattoo », issu du maori « tatau », s’impose dans les ports puis dans les imaginaires. Le tatouage se fixe au XIXᵉ siècle dans les milieux populaires : marins, ouvriers, soldats, prisonniers. L’encre devient signe de fraternité, de mémoire, de superstitions protectrices. C'est alors une marque sociale du « bas », créant un corps illisible pour les classes supérieures. Le tatouage raconte alors l’expérience : voyage, travail pénible, blessures, pauvreté ou guerres.
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