Il est souvent conseillé d’établir une liste de pour et de contre avant de faire un choix. Voici ce qui pourrait constituer une partie des points négatifs si l’homosexualité en était un. Une personne sensée prendrait-elle cette décision ?
Diffusé le 16 mai 2023 sur France 2, le documentaire Homos en France met en lumière des témoignages de personnes homosexuelles, rendant compte du lien entre une représentation de plus en plus démocratisée et une homophobie de plus en plus assumée, appuyée par l’anonymat des réseaux sociaux. Il n’est donc pas rare de passer du temps sur Twitter, et de tomber sur des messages homophobes comme ceux-ci :
“C’EST UN CHOIX D’ÊTRE HOMO”
En voilà un argument problématique. Problématique car celles et ceux qui avancent de tels propos ne semblent pas mesurer ce que l’homosexualité représente dans le quotidien d’une personne. Problématique car cet argument n’est autre que le témoin d’une incompréhension et d’un mépris fulgurant envers la communauté LGBTQIA+.
Homos en France illustre parfaitement ce mépris par le biais des violences physiques choquantes relatées par les participant.e.s. Et nombreux sont les faits divers corroborant leurs propos.
En 2019, deux femmes prénommées Mélania et Chris, prennent le bus à Londres et s’y font interpeller par un groupe d’hommes qui leur aurait demandé de s’embrasser. Face à leur refus, ces derniers les auraient battues. Des photos de leurs visages tuméfiés ont vivement circulé sur les réseaux sociaux dans le but de dénoncer cet acte homophobe (voir couverture de l’article).
En 2021, en Corse cette fois-ci, Mickaël et Benoît passent une soirée entourés de leurs proches, avant d’être agressés à coups de poing parce qu’ils sont “pédés”.
Toutefois, le vice va encore plus loin. La violence de l’homophobie n’est pas seulement physique : elle peut prendre différentes formes mais elle est aussi et surtout quotidienne.
Être homosexuel.le aujourd’hui c’est justement avoir peur de cette violence, créant chez beaucoup une réticence à montrer son affection à son.sa partenaire en public. Un couple hétérosexuel n’éviterait pas de se tenir la main dans la rue ; ce geste pourtant banal, ne l’est pas pour les couples homosexuels.
Être homosexuel.le aujourd’hui c’est avoir peur d’un jugement qui, sans forcément être hostile, reste pesant.
Être homosexuel.le aujourd’hui, c’est aussi avoir à faire son coming-out à chaque nouvelle rencontre : véritable source d’angoisse pour la plupart.
Être homosexuel.le aujourd’hui, c’est perdre de la famille, des amis, qui ne “cautionnent” pas. C’est aussi supporter des discours homophobes sans broncher, de peur de perdre le contact avec certain.e.s proches.
Être homosexuel.le aujourd’hui, c’est se voir refuser des emplois, l’entrée de certains établissements, ou des demandes de logements, simplement en raison de sa vie amoureuse et sexuelle.
Être homosexuel.le aujourd’hui c’est subir une hypersexualisation. C’est devenir le fantasme de certains, la bête de foire d’autres.
Être homosexuel.le aujourd’hui, c’est devoir manifester, faire des collages, créer des associations, pour le simple fait d’avoir le droit d’aimer.
Alors oui, être homosexuel.le aujourd’hui est bien moins dangereux qu’il y a quelques années. C’est aussi et surtout faire partie d’une communauté prônant l’amour, le partage, la bienveillance et la fierté. Mais il est indéniable qu’être homosexuel.le reste une lutte au quotidien : une lutte pour sa propre liberté.
Alors, si c’était un choix, qui prendrait sciemment la décision de vivre dans ces conditions ?
Par Pauline Royer et Sarah Denise
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux droits LGBTQIA+, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.
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