La reconnaissance des couples lesbiens dans la société
Depuis des décennies les couples lesbiens se battent pour plus de reconnaissance. Le mariage pour tous, symbole de cette lutte, est de plus en plus accepté. Dix-sept pays européens comme l’Allemagne ont reconnu ce droit aux couples homosexuels. Karine et Céline, deux françaises interviewées et en couple depuis trente ans confient « on s’est mariées pour adopter réciproquement nos enfants […] et aussi parce que, merde, je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas les mêmes droits que les autres ». Toutefois, six pays européens n’acceptent encore aucune forme d’union pour les couples homosexuels. Même légalisée, le regard des autres sur cette union reste dur. Quand Karine et Céline se sont mariées en 2015, « pas mal de gens étaient allés voir le maire pour lui dire qu’il ne fallait pas nous marier ».
Photo d’un collage du Collectif des Fiertés en Lutte (E. UNER, Lyon)
Malgré tout, les couples lesbiens poursuivent leur quête d’égalité, notamment dans le domaine de la parentalité. Bien que certains pays d’Europe reconnaissent le droit à la Procréation Médicalement Assistée (PMA), celle-ci reste compliquée à acquérir. En Bulgarie par exemple, elle est reconnue pour les femmes seules ou pour les couples hétérosexuels mais est interdite aux couples lesbiens. Cela les conduit donc à traverser les frontières pour en bénéficier, comme Karine et Céline qui sont toutes deux allées en Espagne pour avoir recours à la PMA avant sa légalisation en France. De plus, leur suivi médical une fois rentrées a été compliqué par certains médecins « le gynéco nous a dit “non je ne cautionne pas donc je ne vous suivrai pas” ». Depuis septembre 2021, la PMA est autorisée en France pour les couples de femmes.
En outre, l’Europe semble prête à créer une unité concernant l’insertion juridique et sociale des couples homosexuels. En décembre 2022, la Commission Européenne a proposé une reconnaissance de la filiation dans toute l’Europe pour protéger les droits des familles homoparentales. Cependant, ce projet de loi ne reste qu’une esquisse et est bien loin de répondre aux attentes des couples lesbiens européens.
Une représentation grandissante de la famille homoparentale
La vision des familles homoparentales ne cesse de se normaliser dans la société. Il est aujourd’hui possible de trouver des modèles, ce qui peut rassurer les jeunes couples. Julie et Camila, deux tiktokeuses norvégiennes, partagent sur les réseaux sociaux leurs difficultés à avoir un enfant ensemble. Suivies par presque six millions d’abonnés au total, elles montrent que deux femmes peuvent fonder leur famille.
Les écoles semblent peu à peu se détacher de la vision exclusive du couple hétérosexuel. Au moment de la fête des mères et des pères, les enfants préparent désormais la « fête des parents » et le schéma de la famille canonique s’élargit. Cependant, ces avancées restent à nuancer, comme le racontent Céline et Karine. En effet, elles ont été convoquées cette année par la maîtresse de leur fille dans le seul but de leur expliquer qu’il fallait « un papa et une maman pour avoir un enfant ».
Les couples lesbiens sont aussi mieux représentés dans les séries et au cinéma, et leurs histoires sont aujourd’hui bien plus intéressantes qu’au début des années 80. De nombreuses séries pour adolescents centrées sur les relations amicales et amoureuses mettent en scène des personnages homosexuels, comme c’est le cas pour la série Skam. Dans les dessins animés pour enfants aussi des familles homoparentales apparaissent comme dans Peppa Pig. Toutes ces images permettent aux nouvelles générations de connaître différentes formes de famille et de normaliser progressivement les couples homosexuels aux yeux de la société. Ainsi, la génération future sera probablement plus ouverte sur ces sujets, car mieux sensibilisée.
Photo tirée du jeu vidéo « Les Sims 4 »
Cette représentation ne cesse d’évoluer : Les Sims est l’un des rares jeux vidéo à inclure la représentation LGBTQIA+. Le jeu témoigne de l’évolution des regards sur ces formes d’identité et de relations amoureuses. En donnant la possibilité de créer son personnage et sa famille, le jeu montre la nécessité de représenter tous les couples et les familles dans l’espace public. La représentation, dans ce cas, peut être considérée comme un outil thérapeutique quant au questionnement sur son orientation sexuelle, surtout pour les enfants et adolescents en quête identitaire.
Un problème de génération ?
Lors de débats familiaux, il est courant de faire face à une forme d’indulgence basée sur la génération : « Tes grands-parents n’ont pas vécu à la même époque que toi, c’est normal ! ». Pourtant, et dans le cas de l’homosexualité, la génération ne semble pas tout expliquer.
Nous avons abordé la question du rejet post coming out avec Philippe et Françoise, respectivement âgé.e.s de 73 et 67 ans. Philippe met notamment en avant la question de l’héritage familial : « Dans la normalité, les enfants doivent avoir des enfants et créer des générations de famille (...) donc il y a une rupture de la descendance et il y a des gens pour qui c'est important ». Françoise quant à elle, évoque l’évidente et proéminente question religieuse marquant ce sujet d’un tabou indicible.
De leur côté, Karine et Céline ont toutes deux 47 ans et leur famille se compose de deux filles de 7 et 15 ans. Karine nous raconte son coming-out face à ses parents comme « la chose la plus dure que j’ai faite de ma vie » ; pourtant cette déclaration s’était finalement bien passée.
Ces schémas familiaux bienveillants ne constituent toutefois pas la norme. L’association SOShomophobie publie un rapport chaque année sur les LGBTIphobies en France et la famille y apparaît comme le premier environnement de discrimination. En 2022, 76% des témoignages révélaient des formes de rejet de la part des familles. Pour le sociologue Sébastien Chauvin, la question familiale sur ces sujets est d’autant plus importante que « la question des relations parents-enfants est centrale, même là où l’homosexualité est “tolérée” alors qu’elle devrait être banalisée. »
Extraits de la page “Famille et entourage proche” - Rapport de SOShomophobie de 2022
L’ouverture d’esprit dépend en réalité plus du milieu social et de l’éducation que de la génération, utilisée comme prétexte pour minimiser des comportements discriminants. Le combat des couples homosexuels ne se trouve pas dans la recherche de tolérance, ni d’acceptation, mais dans la normalisation de toutes les identités sexuelles au même titre que l'hétérosexualité. Chacun et chacune doit pouvoir vivre librement sa sexualité, sans craindre les jugements. Certes, une évolution des mentalités est notable entre les générations, mais le chemin vers le bousculement des normes est encore long. Comme le disait Lily Allen en 2009 dans la chanson Fuck You, « Your point of view is medieval » [1] et il serait temps de le dépasser.
[1] [Traduction libre] : « Votre point de vue est arriéré »
Par Axelle Béclair, Justine Eyraud, Louna Pinchinot, Eda Üner, Sarah Denise et Pauline Royer
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré aux droits LGBTQIA+, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.
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