Les vêtements n’ont pas de genre. C’est ce que la créatrice Assia Kara tente de prouver avec sa marque éponyme non-genrée et sur mesure, qu’elle gère seule. Elle m’a fait l’honneur de répondre à mes questions sur le lien complexe qu’entretiennent mode et genre.
Ça fait dix ans à peu près que je suis dans le milieu de la mode et en fait, je designais exclusivement pour des femmes. Je faisais ça par habitude, et car on peut s’éclater dans la mode femme traditionnelle alors que dans la mode homme on est beaucoup plus sur du sobre. Et puis, je me suis rendu compte que les vêtements, j’en fais ce que je veux. Donc à partir de là, j’ai décidé de changer mon point de vue et de créer une marque de vêtements non-genrés.
Une marque non-genrée, qu’est-ce que cela signifie ?
Très concrètement, des vêtements non-genrés n’ont rien de plus ou de moins en termes de construction. La différence pour moi se situe vraiment en termes de communication, c’est-à-dire : comment est-ce que je vais présenter les vêtements.
Quel public est attendu avec cette marque ?
Toutes les morphologies rentrent dans mon concept de marque sur mesure. La seule chose c’est qu’évidement, les personnes qui trouvent ce qu’il leur faut dans la mode ne vont pas venir chez moi naturellement. Je vais plutôt me retrouver à produire des vêtements pour des personnes LGBTQIA+, notamment des personnes non-binaires et aussi des personnes très engagées dans les luttes féministes. Et aussi des personnes qui ont des morphologies qui ne rentrent pas dans la mode traditionnelle.
Il y a plein d’injonctions sociales sur les vêtements que moi, j’ai envie de balayer. J’ai envie de permettre à toutes les personnes; quelles qu’elles soient, de se sentir bien dans leurs fringues, de se sentir belles et de ne plus avoir besoin de la validation du monde extérieur.
Pensez-vous qu’il y a eu un changement ces dernières années concernant la binarité de genre dans la mode ?
Oui et non. Je pense que la question de l’identité de genre est hyper présente aujourd’hui dans les débats publics. Et ça fait un peu plus longtemps que c’est un sujet présent dans la mode. Maintenant, j’ai l’impression que ça reste quelque chose qui est fort rare parce que malheureusement les dominants dans la mode (autant les marques de fast fashion que des grandes marques de luxe) vont avoir tendance à garder cette binarité. Je pense qu’il faut vraiment plus de marques qui dépassent ça.
Je trouve que la plupart des marques se cachent derrière l’argument, que je reçois beaucoup d’ailleurs sous mes vidéos, « bah oui mais en même temps les hommes ne veulent pas de jupes c’est pour ça qu’on ne leur en propose pas ». C’est faux.
Il y a aussi beaucoup de personnes qui juste ne comprennent pas, n’acceptent pas l’inclusivité et qui trouvent que la mode doit être exclusive.
Comment souhaitez-vous que l’industrie de la mode évolue ?
Je voudrais déjà que ça évolue vraiment au niveau de l’écologie et après ça serait cool que ça suive le même chemin par rapport au genre. C’est tout à fait faisable à une échelle globale mais il faudrait que les personnes qui gèrent les marques de mode soient un petit peu plus convaincues par la diversité des genres et moins par le marketing.
J’ai le sentiment qu’on va vers une mode qui a un peu plus de valeurs. Les comportements de consommation sont vraiment en train de changer et pour moi ça va probablement être un peu polarisé. D’un côté on va avoir des grands comme Shein qui polluent et exploitent des gens, et puis de l’autre côté des marques qui vont être beaucoup plus vertueuses. Il n’y aura pas d’entre deux, pour moi. Pour qu’il gagne, il faudra que le côté valeureux remette en question beaucoup de ses principes (taille, prix, etc.).
Vous pouvez suivre l’actualité de Assia Kara et de sa marque éponyme sur son site internet, sa chaîne YouTube ASSIAKARA ou sur son Instagram @assiakara.
Par Justine Eyraud
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à la mode, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.
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