La fast-fashion ou industrie de la mode jetable est endémique à notre société. Le problème va plus loin que l’entassement de vêtements dans nos armoires, achetés à bas prix et délaissés au bout de six mois. Derrière ce choix se trouve un système de pollution, de destruction des écosystèmes et de violation des droits humains.
La mode est un facteur de liberté. Elle révèle notre personnalité, autant qu’elle nous permet de s’affranchir des mœurs. Dans le cadre d’une économie irresponsable, elle devient malheureusement le symbole de notre société de consommation. Cette course à la nouveauté et à l’abondance nous cache de mauvaises surprises derrière ses merveilleuses perspectives.
L’environnement d’abord. Le polyester qui compose nos vêtements relâche des microfibres durant les lavages qui se retrouvent dans les cours d’eau, puis dans les océans. De plus, le coton est la culture la plus gourmande en pesticides. Ce fait est étroitement lié à la deuxième problématique que rencontre le secteur : la violation des droits humains et du travail. Des paysans indiens sont plongés dans un état d’endettement et de dépendance à des entreprises productrices de pesticides comme Bayer-Monsanto. Autre cas, celui des rudes conditions de travail des ouvrières textiles au Bangladesh, mises en lumière par la tragédie du Rana Plaza en 2013. L’effondrement de cet immeuble contenant des ateliers textiles fit 1000 morts.
Un tel événement a révélé la nécessité d’une mode plus éthique apportant ainsi quelques avancées sociales au Bangladesh. Au niveau mondial, il a mis les gouvernements au fait de la nécessité d’une plus grande régulation face à l’irresponsabilité des multinationales. La France est pionnière en la matière : en mars 2017, elle adopte la loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et entreprises donneuses d’ordre, plus connue sous le nom de « loi sur le devoir de vigilance ». Cette loi engage la responsabilité des entreprises en cas de manquement aux nouvelles obligations, notamment relative aux risques liés aux atteintes à l’environnement ou aux droits humains. Ces obligations englobent également les filiales directes ou indirectes de ces entreprises, qu’elles soient en France ou dans le reste du monde. D’autres États européens suivent la France, comme les Pays-Bas en 2019 ou l’Allemagne en 2021, en fournissant leur droit interne d’un devoir de vigilance sur les entreprises. En 2023, c’est enfin au tour de l’Union européenne de suivre la même voie législative. Au 1er juin, les eurodéputés ont voté un projet de directive allant dans ce sens. Si l’aspect environnemental est au cœur de cette législation, l’autre aspect est de lutter contre le travail forcé des Ouïghours. En effet, ce devoir de vigilance permet enfin de pouvoir condamner les multinationales qui utilisent cet esclavage moderne afin de produire à moindre coût. Une liste des multinationales y ayant participé, a même été créée par des activistes des droits humains. Elle ne concerne pas uniquement les géants du textile (Apple, Volkswagen, etc.) mais ce sont ces derniers et notamment la marque Shein qui sont aujourd’hui en plein cœur d’un scandale des droits humains en Chine. Le « processus génocidaire » opéré par le régime chinois sur la minorité musulmane Ouïghour dans la région du Xinjiang est donc utilisé par ces géants du textile pour faire encore plus de bénéfices.
Les initiatives à l’échelle du citoyen peuvent elles aussi contribuer à changer ce mode de fonctionnement qu’il faut totalement repenser. Les solutions sont nombreuses : consommer moins et de préférence d’occasion, ou bien privilégier les marques de vêtements responsables et éviter de tomber dans le panneau du greenwashing opéré par de grands groupes. La question des droits humains fait également partie intégrante du combat pour une mode éthique. C’est aux citoyens européens de connaître ces enjeux, notre continent de consommateur doit imposer ses normes environnementales et humaines.
Par Alex Chaumartin et Louison Villemain
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à la mode, consultez les articles de nos rubriques Société et Culture sur notre blog.
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