Pourquoi avoir décidé d’utiliser cet outil, ce sujet, et cette échelle ?
Paul Magnette (président du Parti Socialiste belge, NDLR) a eu l’idée d’utiliser cet outil parce qu’il a l’habitude de ce genre de processus. (…)
On a utilisé aussi cet outil parce que le débat sur la question de la taxation des plus riches prend une certaine ampleur. L’idée était donc de faire de ce débat public un débat politique.
Si on a choisi de le faire à l’échelle européenne, c’est parce que (…) Paul et moi on est très pro-européens, et qu’il y a un besoin par ailleurs de budget européen pour pouvoir mener des politiques industrielles, environnementales, sociales et économiques. (…)
Donc la taxation arriverait directement dans les poches de l’Union Européenne ?
On a été très ouverts sur ce sujet-là en disant : c’est soit un impôt qui vient abonder le budget européen (moi en tant que fédéraliste, c’est ce que je préférerais), soit la Commission qui demande aux États de mettre en place un certain nombre de dispositifs fiscaux. (…)
Certains eurosceptiques se méfient de l’UE à cause de sa tendance libérale. Est-ce que vous pensez que cette ICE, dans le contexte des élections européennes qui arrivent bientôt, pourrait être un outil pour les réconcilier avec l’UE ?
Je n’avais pas vu ça comme ça, oui ça peut tout à fait être un outil. Après, je crois aussi qu’il faut être en capacité à un moment de tenir un discours juste et sans clichés sur l’Union européenne. L’UE, c’est ce qu’on en fait. (…) Par ailleurs, (…) la plupart du temps, Commission européenne et Parlement européen sont beaucoup plus progressistes que les États, qui sont les facteurs bloquants. (…) À côté de ça, je ne dis pas que du côté européen il n’y a pas aussi des fois dans les institutions des idéologies dominantes. (…)
Il faut aussi être en capacité de tenir un discours un peu plus juste sur l’UE, je trouve. (…)
Sans rentrer dans les éléments de langage du type « il faut faire de la pédagogie » (parce que ce sont des choses qui ne sont pas à mon avis entendables), dire la réalité des rapports de force je trouve que c’est utile.
Sur les questions fiscales il faut qu’au Conseil il y ait l’unanimité. Qu’est-ce que vous répondriez aux personnes qui disent qu’au vu des obstacles c’est impossible que l’ICE aboutisse ?
C’est marrant parce qu’on a eu une réunion avec le commissaire européen qui s’occupe, entre autres, des questions fiscales, cette semaine. On faisait un peu le bilan de ces années et on se disait que finalement, malgré l’unanimité, on avait réussi à faire pas mal de choses sur les questions fiscales : (…) taxation minimale des multinationales, (…) taxation sur les superprofits, (…) accord de transparence. Là, on est en train de négocier au Conseil la directive qui traite de la fin des sociétés écran…
En fait, on a réussi, ces dernières années, à contourner cette question de l’unanimité, en négociant.
(…)
Donc moi je crois qu’il faut pas tout à fait s’empêcher de tester. En tout cas moi je suis pas là pour faire de la communication politique. Si je propose quelque chose, c’est que j’ai envie que ça marche.
Le fait que vous portiez l’ICE peut interroger sur le fait que même les eurodéputés doivent passer par des canaux dédiés aux citoyens « lambdas ». Est-ce que vous pensez que vous avez assez de pouvoir en tant qu’eurodéputée ?
(…) Non, on n’a pas assez de pouvoir en tant qu’eurodéputés ; même si on se bat pour en avoir de plus en plus. On a un parlement déjà qui ne peut pas lever d’impôt, et on n’a pas le pouvoir d’initiative législative. C’est pas normal.
Il faut avoir un Parlement européen avec beaucoup plus de pouvoirs.
Je pense que ça ferait du bien à la démocratie.
Interview enregistrée le 30 juin 2023 par Juliette Blanc
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à l’écologie, consultez les articles de nos rubriques Société et Culture sur notre blog.
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