Alors que des eurodéputé.es ont été pris la main dans le sac de la corruption, l’UE exige des États candidats à l’adhésion une intégrité totale dans la conduite de l’action publique. Un « deux poids, deux mesures » de plus en plus visible.
Souvenez-vous du « Qatargate » ? Cette affaire de corruption, révélée au grand jour par la justice belge en décembre 2022, avait ébranlée le Parlement européen. Une de ses vice-présidentes, la socialiste Eva Kaili avait été payée par le Qatar pour prendre des positions en faveur du pays du Golfe.
L’histoire se répète en mars 2025. C’est l’entreprise chinoise Huawei qui cette fois-ci est à l’origine de la corruption. Avec toujours le même procédé : des dons d’argent en contrepartie de prises de position défendant l’objectif pour la firme de télécommunication de réintégrer le marché européen de la 5G, et ainsi faire potentiellement profiter les entreprises et autorités chinoises des données personnelles des consommateurs européens.
Le fléau de la corruption est un poison pour l’Europe, pour sa crédibilité et pour le modèle démocratique qu’elle incarne. Corrompre un.e eurodéputé.e privilégie les entreprises et les organismes qui se prêtent à ces pratiques puisqu’ils connaissent les textes législatifs avant leur adoption et peuvent influer sur son contenu. Surtout, la recherche d’un antidote est loin d’être une priorité, au sein même du Parlement européen. Après l’affaire Huawei, les eurodéputé.es du groupe de centre-droite, le PPE, ainsi que les groupes situés à l’extrême-droite de l’hémicycle européen, ont refusé de créer un comité d’éthique pour lutter contre la corruption au sein du Parlement européen.
Les cas de corruption au Parlement européen affaiblit l’institution : comment peut-elle prétendre à acquérir plus de pouvoirs et de compétences dans le processus législatif si des lobbys ont la capacité de manipuler les décisions d’eurodéputé.es ?
En revanche, l'UE exige des pays qui aimeraient la rejoindre que tout fait de corruption soit non seulement inexistant mais soit également impossible, les États candidats à l’adhésion devant montrer que leur législation inclut des moyens pour prévenir et lutter contre la corruption. Ainsi, l’Ukraine doit faire encore plus d’efforts, selon la Commission européenne, pour mettre fin à la corruption dans son pays si elle espère rejoindre l’UE.
Les pays des Balkans non-membres de l’UE qui sont sur le palier de l’Europe depuis plus d’une décennie ont des sérieux problèmes de corruption, ce qui justifie un temps d’attente qui semble éternel. Le cas de la Serbie est le plus marquant : l’affaire de Novi Sad, où l’effondrement de l’auvent de la gare a fait 16 morts en novembre 2024, illustre le favoritisme dans l’attribution de marchés publiques.
Mais comment l’UE peut-elle justifier de faire attendre l’Albanie aux portes de l’Europe quand la Hongrie, État-membre depuis 2004, se situe à la 95e place (sur 180) des pays les plus corrompus alors que l’Albanie, moins corrompu, est derrière la Hongrie à la 99e place ?
Cependant, l’état de la corruption dans des pays candidats à l’adhésion n’est pas comparable avec celui du Parlement européen : dans la première situation, c’est un fléau qui touche de nombreuses sphères de l’État, dans la seconde, la corruption se limite à des élu.es certes peu fiables mais, minoritaires et isolé.es. De plus, la corruption n’aboutit pas aux mêmes conséquences : d’un côté, près de vingt morts, de l’autre, des prises de positions de quelques eurodéputé.es dans un hémicycle de plus de 700 parlementaires. Les sommes d’argent en jeu sont sans commune mesure : 1.5 million d’euros ont été utilisés pour corrompre des eurodéputé.es dans l’affaire du « Qatargate » contre 486 milliards de dollars perdus par l’Ukraine à cause de la corruption depuis 1991.
Par Antonin Verdot
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois de juin consacré à la corruption, consultez les articles de nos rubriques Société et Culture disponibles sur notre blog.
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