Le procès de Mazan, révélateur de la soumission chimique, mais surtout de la problématique sous-jacente des violences sexuelles, a été sur toutes les lèvres en France, et relayé dans le monde entier.
Ce procès a pu mettre en lumière la banalité du profil des violeurs présumés, décrits comme « Messieurs tout le monde, très bien insérés dans la société » par la fille de la victime, Caroline Darian. L’image du viol comme étant un acte causé par un « violeur monstrueux, étranger à la communauté, à la famille » est donc tombé en éclat selon l’historienne Christine Bard. Cette prise de conscience collective s’est fait ressentir au travers des médias, mais surtout grâce à la pression populaire, qui a amené Gisèle Pélicot au rang d’égérie d’un mouvement bien plus large, espérant une remise en question de la vision du consentement, des relations hommes-femmes et de la société aux affluences encore trop patriarcales. Le message est maintenant passé, « l’omerta est terminé » selon le fils aîné de la victime, et la réalité de la culture du viol est enfin mise sur le devant de la scène. Ceci a pu être constaté à travers le procès, où une partie des accusés se sont cachés derrière « l'autorisation du mari » de la victime. Selon eux, cela assurait le consentement de Gisèle Pélicot, la relayant au rang de « propriété » de son mari, structure de base d’une société patriarcale.
Ce procès remet, de même, en cause la législation sur le viol, mettant en perspective qu’en plus de la honte et le manque d’écoute envers les personnes victimes de violences sexuelles, 94% des plaintes pour viol sont classées sans suite.
Dans un de nos pays voisins, un autre procès tout aussi tragique a été le cœur des mobilisations féministes nationales : c’est l’affaire de la Manada en Espagne qui a interrogé les notions de consentement et de viol. « La Manada » (ou la meute en français) fait référence à un viol collectif initié par 5 sévillans, qui lors d’une fête, ont profité de l’ivresse d’une jeune femme de 18 ans, pour la violer. Les auteurs de ce crime ont filmé l’acte et ont envoyé la vidéo dans un groupe de messagerie privée appelé « La Manada ». Cette preuve capitale n’a néanmoins pas suffi pour inculpés les agresseurs de « viol ». En effet, le Code pénal espagnol stipule qu’un viol doit obligatoirement être sous l’effet d’intimidations ou de violence. Comme pour l’affaire de Mazan, c’est un mouvement populaire qui a amené ce procès à une dimension beaucoup plus nationale. Une révocation de la Cour suprême a permis de reconsidérer l’affaire. La haute juridiction a revu le cas de la victime, qui « avait adopté une attitude de soumission et non de consentement » pour Isabel Rodriguez. La procureure a en effet déclaré qu’on ne pouvait pas « exiger des victimes des attitudes dangereusement héroïques ». Face à un mouvement de révolte populaire, le débat sur le consentement est revenu sur le devant de la scène, mettant en lumière le problème de la définition du viol au sein du code pénal espagnol. La loi « solo si es si » (seul un oui est un oui) élimine la distinction entre abus sexuel et agression sexuelle, Cette loi du 7 octobre 2022 exige un consentement totale de la personne avant toute relation sexuelle. Cependant, le problème reste toujours le même pour les victimes : prouver leur agression.
Néanmoins, ces graves problèmes et surtout la soumission chimique ne sont pas nouveaux, et sont récurrents, notamment dans les milieux festifs. Au Royaume-Uni, il a été constaté plus de 6500 signalements pour « spiking », ou l’action de faire ingérer ou d’injecter une drogue à une personne sans son consentement, lors d’une soirée ou d’un événement de foule. Selon l’institut de sondage « YouGov », c’est 10% des femmes et 5% des hommes qui en ont été victimes, montrant l’importance grandissante de ce délit dans les lieux publics, mais aussi privés. Ainsi, ces procès ont mis en avant, les défaillances des pouvoirs publics et de la justice dans leurs missions de protection des victimes. Ne faudrait-il pas alors s’inspirer des modèles développés par le reste des membres de pays de l’Union Européenne ?
En effet, lorsqu’on se penche sur le cadre européen, nous pouvons constater une disparité entre les pays du nord et du sud. En effet, les pays du nord ont toujours eu une réputation d’être des pays plus sûrs par rapport à leur homologue du sud. Cette réputation a une base réelle qui est le modèle des pays scandinaves. Une loi suédoise adoptée en 2018 en est un exemple juridique : elle est basée sur le consentement explicite, c'est-à-dire que seul un oui est un oui. Les gouvernements anticipent et n’attendent pas des tragédies comme ce qu’il s’est passé en Espagne pour faire des réformes législatives. Néanmoins, bien que de telles lois soient adoptées, les chiffres en matière de violences sexistes et sexuelles restent élevés dans les pays d’Europe du nord. En effet, la Finlande est par exemple le deuxième pays d'Europe le plus touché par les violences conjugales où une femme sur trois est concerné par ces faits. Ce chiffre malgré les actions des gouvernements prouve que ces derniers manquent dans leurs politiques publiques un aspect fondamental : la mentalité. Cela s’est vu dans les procès de Mazan où bien que les lois protégeassent la victime, le procès a été entaché par des préjugés sexistes que nous pouvons presque résumer ainsi : « Ne l’avez-vous pas cherché, ne l’avez pas voulu ? ». Ces préjugés sont le fruit d’une culture machiste persistante. Or, pour changer les mentalités et la culture, il faut passer par l’éducation notamment sur la question du consentement. Pourtant en France, comme dans d’autres pays européens, cette éducation n’est arrivée que tardivement, voire n’est toujours pas donnée.
Ce manque d’éducation pour prévenir les violences sexuelles peut être lié à des politiques conservatrices comme en Pologne ou en Hongrie. En 2020, le gouvernement polonais avait même proposé de criminaliser les enseignants promouvant l’éducation à la sexualité. Or, l’éducation à la sexualité n’est pas inutile ou perturbatrice pour les enfants ou les adolescents. C’est leur apprendre qu’un non est un non et que personne ne doit passer outre ce refus dans le cas de leur intimité. C’est leur apprendre aussi vers qui ils peuvent se tourner en cas de violence sexuelle. L'Allemagne et la Belgique ont des programmes solides en matière de prévention des violences sexuelles intégrés aux cursus scolaires. Le Parlement Européen insiste lui aussi sur la nécessité d’une telle éducation pour la jeunesse dans le but de prévenir les violences sexistes et sexuelles.
Le travail en Europe est encore immense pour stopper ces violences sexistes et sexuelles. La France fait partie de ceux qui doivent travailler beaucoup sur l’éducation. Sans un réel travail de la part des gouvernants et des populations, les progrès risquent d’être entravés. Au final, la fin de ces violences pourrait permettre une société beaucoup plus inclusive, menant à l’égalité homme/femme.
Par Elvire BERNARD-EVIN, Elisa CABA et Lucie PETIT
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à la culture de viol, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Société sur notre blog.
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