La binarité de genre est malheureusement encore centrale dans le monde de la mode. Toutefois, de nombreuses marques semblent avoir compris le nouvel enjeu pour cette industrie : casser pour de bons les normes et dégenrer ce qui n’aurait jamais dû l’être : les vêtements.
Dès l’ouverture d’un site internet ou d’une porte de magasin, les vêtements sont classés de manière à dicter les comportements vestimentaires. D’un côté le rayon homme, de l’autre celui des femmes. Une différentiation qui condamne les consomateur.ice.s à une apparence binaire et genrée. La mode est codifiée et laisse peu de place à l’indifférenciation des genres. Comment une tenue peut-elle être considérée exclusivement féminine ou masculine ?
Lors des dernières décennies, certaines marques ont tenté de rectifier cette binarité en proposant des vêtements dits « unisexes ». C’est le cas notamment de la marque de prêt-à-porter américaine Calvin Klein. Ces nouvelles créations sont toutefois sujettes à de nombreuses controverses. Le terme « unisexe » lui-même pose problème. Sur le blog de la marque non-genrée Assiakara, on peut lire que ce terme repose « sur la question biologique de sexe et non sur la notion psycho-sociale de genre ». De plus, ces créations unisexes ne présentent que peu de différences avec les catégories « homme » déjà présentes sur les catalogues en ligne. Cette nouvelle rubrique, supposée inclusive, semble être une douce hypocrisie de la part des marques imposant ainsi ce qui est acceptable ou non d’être considéré « unisexe ».
Bien que l’inclusivité dans les défilés de mode reste lacunaire, une légère évolution semble se dessiner. La Fashion Week de Londres 2021 s’est placée sous le signe du renouveau. L’évènement s’est présenté comme inclusif et non-genré. Les collections masculines et féminines étaient présentées en même temps ce qui était fortement inconventionnel dans cette industrie pourtant si codifiée. Cependant, cette Fashion Week est exceptionnelle du fait de sa singularité, ce qui souligne la lenteur de l’évolution.
L’industrie voit toutefois la création de marques ouvrant l’ère de la fusion des genres. De nombreuses marques non-genrées font leur apparition, prenant chacune une part significative dans le combat actuel consistant à dégenrer la mode. La marque belge Assiakara s’inscrit dans ce mouvement. La créatrice affirme dans son blog que « Depuis un an, avec ma marque ASSIAKARA, je me bats pour dégenrer la mode ! Avec des t-shirts et des salopettes, c’est facile… mais est-ce possible avec des vêtements traditionnellement plus genrés, comme par exemple, des robes ? ». Ce témoignage résume l’enjeu pour ces nouvelles marques non-genrées.
Les représentations contemporaines sont aussi un acteur essentiel dans le combat vers une mode dégenrée. Des personnalités influentes tentent de briser les barrières du genre en affichant un look libéré et en espérant encourager leurs fans à en faire autant. C’est le cas notamment du chanteur Harry Styles qui a posé en robe pour le magazine Vogue en 2020. D’autres artistes consacrent leur vie à cette quête d’une société libre de tout code de genres. Alok Vaid-Menon est un.e artiste américain.e non-binaire utilisant son art pour délivrer un message de tolérance et de libération. A travers son site internet et ses œuvres tel que le livre Beyond the Gender Binary, iel déconstruit le genre et encourage son public à le faire également. Iel a également lancé le #DeGenderFashion qui a pour but de dégenrer la mode ainsi que le monde de la beauté.
La mode se tourne progressivement vers un avenir de plus en plus inclusif, ce qui reflète le changement sociétal actuel. Toutefois, même si l’industrie de la mode semble avoir compris le changement nécessaire qu’elle doit opérer, certaines réactions archaïques populaires ne font que ralentir cette entreprise fastidieuse.
Par Justine Eyraud
Pour aller plus loin sur notre dossier du mois consacré à la mode, consultez les articles de nos rubriques Relations internationales et Culture sur notre blog.
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